Aéroport

Accord inédit entre une entreprise et des syndicats

La société d'assistance au sol AAS s'engage à offrir des conditions de travail mirobolantes pour la branche. Si elle obtient une concession à Genève Aéroport

La démarche est surprenante. Avant même de savoir si elle aura pignon sur rue, l’entreprise zurichoise Airline Assistance Switzerland (ASS) s’engage envers les syndicats à offrir des conditions de travail largement supérieures à ses concurrents. Elle a conclu un protocole d’accord, pour le cas où elle serait retenue dans l’attribution des concessions d’assistance au sol.

Actuellement, ce sont Swissport et Dnata qui se partagent ce gâteau, à hauteur de 70% et 30%. Les concessions seront renouvelées en mars et AAS ne s’invitera pas à table les mains vides. Elle s’engage à reprendre le personnel nécessaire, à s’aligner sur les salaires de Swissport – de 10% à 15% supérieurs à ceux de son concurrent – à reverser la moitié des bénéfices aux salariés et à confier aux deux syndicats partenaires deux sièges au conseil d’administration. Henri-Pierre Mullner, du syndicat Pusch n’a pas de superlatifs assez forts pour qualifier le deal: «C’est une offre imbattable, inédite, unique en Suisse.»

Plus rare encore: c’est l’entreprise elle-même qui a contacté les syndicats, et non l’inverse. «Nous nous sommes demandé comment obtenir une des deux concessions, explique le président de la compagnie, Josef In-Albon. Le meilleur moyen était de présenter des avantages aux syndicats. «Il faut dire que ce patron connaît bien le climat social du bout du lac, ayant travaillé pour Swissair à Genève et comme CEO chez Swissport. «J’ai donc fait cette démarche intentionnellement, connaissant les mouvements sociaux qui agitent Genève aéroport (GA). Avec notre plan, nous pouvons assurer la paix sociale sur la plate-forme.» L’atmosphère actuelle est en effet très tendue. Le personnel a débrayé dernièrement devant la possibilité évoquée par Swissport de s’aligner sur les salaires de Dnata. Les syndicats dénoncent aussi la généralisation des travailleurs auxiliaires et la cadence de travail qui s’accroît.

Un calcul réaliste

Avant de promettre monts et merveille, AAS a bien entendu effectué ses calculs. «L’opération reste profitable, assure Josef In-Albon. Comme investisseur privé, nous nous contentons d’un rendement plus modeste que ne réclament les fonds d’investissement.» Dnata est en effet en mains émiraties, et Swissport en mains chinoises. Mais AAS veut aussi augmenter ses parts de marché, actuellement de 7% à Zürich.

Son atout: la faveur des syndicats. «La pression désormais s’exerce sur GA, poursuit Henri-Pierre Mullner. S’ils ne choisissent pas AAS, le conflit social est programmé.» Une menace? «En quelque sorte, disons un calcul réaliste», répond-il. Un danger accru par le calendrier, puisque la convention collective de GA doit être renégociée cette année. Les concessions entrant en vigueur en octobre, le candidat présenté comme idéal a joué finement.

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