Après un passage remarqué à Paris, où de gros contrats ont été signés (20 Airbus A330), le vice-premier ministre chinois, Zeng Peiyan, arrive aujourd'hui à Berne, où il sera reçu par le président de la Confédération, Joseph Deiss, et le conseiller fédéral Moritz Leuenberger. Au menu de cette rencontre bilatérale, il sera une fois de plus question de tourisme. Fin 2003, la Suisse avait obtenu de Pékin le sésame d'une «ADS», c'est-à-dire le statut de destination touristique officielle. Un protocole «d'entente» doit encore être signé, mettant ainsi fin à près de dix années de discussions.

Les responsables du tourisme suisse espèrent ainsi voir le nombre de nuitées des voyageurs chinois multiplié par trois ces dix prochaines années (120 000 en 2003). Berne avait espéré être le premier pays européen à s'ouvrir les vannes des touristes chinois (qui logent bon marché mais consomment beaucoup). L'incident de la place Fédérale lors de la visite du président chinois Jiang Zemin en 1999, puis une plainte pour racisme contre un officiel chinois basé à Zurich, ont toutefois longtemps empêché la demande d'aboutir. La Suisse intègre ainsi le train des autres pays européens, Pékin devant de toute façon lever les barrières sur la circulation de ses ressortissants en accord avec les exigences de l'OMC. Au début du mois, Berne a indiqué qu'il n'était toutefois pas question de faciliter l'entrée de ces touristes sur son territoire en levant l'obligation du visa. La crainte d'un déferlement de «pseudo-touristes» a été mise en avant par le Conseil fédéral.

Zeng Peiyan devra par ailleurs se plier à une nouvelle forme de rituel pour les dirigeants chinois dans leurs contacts internationaux: les explications sur le piratage industriel. Le nombre des contrefaçons a explosé ces dernières années en Chine, de loin le premier pirate intellectuel de la planète. Les experts internationaux estiment que 80% des contrefaçons écoulées dans le monde proviennent d'Asie. Parmi celles-ci, 80% sont fabriquées en Chine. Les horlogers suisses sont particulièrement visés. Le pouvoir chinois multiplie les coups médiatiques pour démontrer sa bonne foi mais, dans la pratique, les autorités locales ferment le plus souvent les yeux sur ces activités criminelles.