C'est une pétition pour le moins inhabituelle. Une bombe tombée entre les mains des membres de la commission des pétitions du Grand Conseil genevois, bien obligés d'en tenir compte malgré leur embarras. Publiquement, le docteur Pierre Froidevaux, fondateur et patron de l'entreprise privée SOS Médecins, accuse le conseiller d'Etat Pierre-François Unger de se comporter depuis plus de vingt ans «en maître chanteur». Inatteignable hier, le ministre PDC, patron de la Santé, a prévu de s'expliquer lundi devant les commissaires.

«Harcèlement permanent»

Disponible sur le site internet de l'Etat de Genève, la pétition de l'ex-député radical Pierre Froidevaux est virulente. L'homme affirme que lors de la fondation de son service d'urgences privé en 1987, «le Dr Unger, alors chef des urgences, a imposé un protocole de soutien contre 20% des bénéfices que SOS Médecins s'engagerait à verser sur son compte personnel». Il précise que sa société n'a jamais honoré ce protocole. Un document qu'il est aujourd'hui dans l'incapacité de produire.

Pierre Froidevaux ne s'arrête pas là. Il ajoute que, depuis, son son service de soins à domicile actif 24h/24 «vit un harcèlement permanent» de la part de Pierre-François Unger. Et d'énumérer plusieurs affaires qui ont mené SOS Médecins devant la justice à cause du conseiller d'Etat, accuse le directeur de l'entreprise.

Pierre Froidevaux demande aux députés de «diligenter une enquête judiciaire qui fasse la lumière sur ses abus réitérés de droit». Au-delà de la polémique, il exige de pouvoir rapatrier «sereinement» à Genève la centrale des appels de SOS Médecins, actuellement basée à Paris.

Accusations rejetées

Hier, Le Temps n'a pas réussi à joindre Pierre-François Unger. Mais le ministre faisait savoir, par le biais de Jean-Marc Guinchard, directeur de la Santé, qu'il rejette toutes ces accusations. «Tous les faits cités dans la pétition sont faux ou non prouvés. Si Pierre Froidevaux ne produit pas ce protocole, cela signifie qu'il ment.»

Selon Jean-Marc Guinchard, «M. Froidevaux a toujours eu des conflits avec le Département de la santé. C'était déjà le cas avant l'arrivée de Pierre-François Unger, sous le règne du radical Guy-Olivier Segond.» Une attitude qu'il attribue à la méfiance du chef de SOS Médecins vis-à-vis de l'Etat.

Le ministre auditionné

Pierre-François Unger portera-t-il plainte contre Pierre Froidevaux? «Je ne sais pas. Mais il est certain que tous les éléments constitutifs d'une plainte pénale pour diffamation sont présents», selon Jean-Marc Guinchard.

Au sein de la commission des pétitions, on est gêné par «une situation désagréable», selon l'UDC Eric Leyvraz. Confronté à ce qu'il qualifie d'«accusation de racket», Frédéric Hohl, président radical de la commission, a invité le ministre à donner sa version lundi prochain devant les commissaires. «Il a été attaqué, il est normal qu'on l'invite à s'expliquer.»

Quoi qu'il en soit, les commissaires n'ont pas la compétence de juger des accusations portées contre Pierre-François Unger. S'ils estiment que l'affaire est suffisamment sérieuse, ils peuvent en revanche la renvoyer au Conseil d'Etat. Qui décide s'il convient de mener une enquête.