Deux ONG suisses ont déposé jeudi auprès du Ministère public de la Confédération une «dénonciation pénale pour crimes de guerre» contre l’ex-général sri lankais Jagath Dias. Actuellement chef adjoint de mission à l’ambassade de son pays à Berlin pour l’Allemagne, la Suisse et le Vatican, celui-ci a déjà fait l’objet d’une interpellation parlementaire à Berne.

«Bien que la Société pour les peuples menacés (SPM) et TRIAL (association suisse contre l’impunité) aient invité le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) à plusieurs reprises à prendre des mesures contre Jagath Dias, ce dernier continue à bénéficier du statut diplomatique», déplorent les deux ONG dans un communiqué.

Selon elles, «il est grand temps que la Suisse donne un signal clair contre l’impunité». Jagath Dias est soupçonné d’avoir commis des crimes de guerre lors de la dernière phase de la guerre civile au Sri Lanka, fin 2008-début 2009.

Les troupes de l’ex-général, qui commandait la 57e division de l’armée srilankaise, auraient notamment bombardé massivement des civils et des hôpitaux lors de l’offensive finale contre le groupe rebelle des Tigres Tamouls (LTTE). Selon un rapport de l’ONU, près de 40 000 civils ont péri durant la dernière phase du conflit.

Le Ministère public de la Confédération (MPC) a confirmé jeudi à l’ATS avoir reçu la plainte des deux ONG et l’examiner. Dans une prise de position écrite, le DFAE, affirmant accorder «une grande importance» à ce cas, indique lui avoir entrepris «différents contacts avec les autorités sri lankaises».

Le DFAE ne souhaite pas donner de détails sur les «mesures» prises par la Suisse dans cette affaire, en raison de «la confidentialité requise par ces questions diplomatiques». Les ONG avaient déjà invité en janvier le Conseil fédéral à s’occuper du dossier. En mai, elles ont exigé du DFAE qu’il le déclare persona non grata et lui retire son statut diplomatique. Des démarches similaires avaient été entreprises à Berlin et au Vatican.

Dans leur communiqué de jeudi, les ONG «espèrent que la dénonciation pénale conduira à l’arrestation de Jagath Dias au cas où il reviendrait en Suisse et que les accusations formulées contre lui feront l’objet d’une enquête judiciaire». Et elles invitent à nouveau les autorités helvétiques à lui retirer son statut diplomatique.

Selon l’ambassadeur du Sri Lanka à Berlin Tikiri Bandara, chef de Jagath Dias, qui s’exprimait mercredi à l’émission «Rundschau» de la télévision publique alémanique, ni le gouvernement suisse ni le gouvernement allemand n’ont émis de requête exigeant que l’ex-général soit révoqué de son poste.

D’après Christoph Wiedmer, directeur de la SPM, l’homme pourrait quitter l’Allemagne en septembre à l’issue naturelle de son mandat. Un procès dans son propre pays, où il est un héros, est peu probable.

Le cas de Jagath Dias a fait l’objet d’une interpellation parlementaire au Conseil national début juin, cosignée par 23 députés. Josef Lang (Verts/ZG) y demande au Conseil fédéral pourquoi il a accordé l’accréditation à l’ex-général en 2009 «alors que de lourdes présomptions pour crime de guerre pesaient déjà contre lui».

Souhaitant connaître les «démarches concrètes» du Conseil fédéral sur ce dossier, le parlementaire demande également que l’immunité de l’intéressé soit levée, «comme celle de toute personne présumée impliquée dans les mêmes délits». Plus généralement, Josef Lang s’enquiert des mesures envisagées «pour éviter que la Suisse n’accepte à l’avenir comme diplomates des criminels de guerre présumés». Cette interpellation n’a pas encore reçu de réponse.