Arrêtée jeudi vers 9 heures par le Groupe pour la répression des passeurs à Stabio, une commune suisse à la frontière avec l’Italie, car soupçonnée d’avoir aidé quatre Africains présumés mineurs à franchir la frontière suisse, la députée socialiste au Grand conseil tessinois Lisa Bosia Mirra est sous enquête. Elle a passé la journée de jeudi à être interrogée, puis a de nouveau comparu hier devant la procureure, Margherita Lanzillo.

Sa version des faits devait être comparée à celle de son acolyte – un homme de 53 ans domicilié à Berne qui lui, a passé la nuit de jeudi derrière les barreaux. L’avocat représentant Lisa Bosia Mirra est Pascal Delprete du bureau Bernasconi, Martinelli, Alippi & Partners à Lugano. Pour le moment, sa cliente et lui préfèrent garder le silence face aux médias.

Collègue de Pascal Delprete, l’avocat Paolo Bernasconi a déjà invoqué l’article 52 du Code pénal suisse, prévoyant l’abandon des charges pour motifs spéciaux, qui pourrait être considéré dans ce cas-ci. Car il est de notoriété publique que depuis plus de deux mois, l’accusée, présidente de l’ONG Firdaus, était la figure de proue de l’aide aux migrants dans le camp de fortune réunissant dans des conditions de grande précarité des centaines d’Africains devant la gare de Como San Giovanni, les informant sur leurs droits et leur assurant un déjeuner à midi.

Plusieurs voyages

Jeudi, Lisa Bosia Mirra aurait admis avoir effectué divers voyages entre l’Italie et la Suisse avec des migrants, «uniquement pour des raisons humanitaires». La veille, aux côtés d’Amnesty International Suisse et de l’ONG italienne «Associazione per gli studi sull’immigrazione», elle dénonçait en conférence de presse à Chiasso plusieurs violations aux traités internationaux et aux lois nationales commises par les autorités suisses et italiennes concernant les migrants repoussés à la frontière suisse.

Les témoignages de sympathie envers la «passeuse» ne manquent pas, à l’instar du groupe «Fluchthilfe ist kein Verbrechen – Straffreiheit für Lisa Bosia Mirra» («L’aide aux réfugiés n’est pas un délit – Immunité pour Lisa Bosia Mirra») qui s’est créé sur Facebook jeudi. Présidente des jeunes socialistes suisses, Tamara Funiciello salue le courage de la Tessinoise. «Nous la soutenons totalement; dans le cadre d’une situation tragique comme la crise humanitaire qui se déroule à notre frontière et où depuis des années, les politiques ne trouvent pas de solutions adéquates, il faut avoir le courage de trouver des réponses au niveau civil.»

On peut être confronté à une situation où il faut agir pour garder son humanité

«Dans vingt ans, que dirons-nous à nos enfants lorsqu’ils nous demanderont ce que nous avons fait pour ces gens victimes de la guerre et de la misère frappant à notre porte?», s’interroge encore Tamara Funiciello, qui dit admirer Lisa Bosia Mirra pour son engagement en général et le geste qui lui est reproché. Même son de cloche chez Carlo Lepori, député socialiste au Grand Conseil tessinois.

Pour une personne qui représente un parti politique, recourir à l’illégalité peut être problématique, reconnaît-il, soulignant que jusqu’à preuve du contraire, sa collègue est innocente. «Mais sur le plan personnel, l’on peut être confronté à une situation où il faut agir pour garder son humanité; je respecte ce qu’a fait Lisa.» Il cite l’exemple du prêtre Guido Rivoir qui dans les années septante a été accusé d’avoir aidé clandestinement des centaines de migrants fuyant la dictature chilienne à entrer en Suisse, puis absous parce qu’ayant agi pour des motifs honorables.