L’ancien vice-chancelier et porte-parole du Conseil fédéral Achille Casanova est décédé dimanche soir à Berne, à l’âge de 74 ans. De 1981 à 2005, il aura été la voix et le visage du Conseil fédéral. Une personnalité incontournable, qui a durablement marqué ceux qui l’ont côtoyé. Et ils sont nombreux.

Joseph Deiss: «Un ami»

Joseph Deiss est un des 26 conseillers fédéraux qu’Achille Casanova a connu. «Nous perdons un ami, une personne qui a rendu des services inestimables au pays, et pas seulement au gouvernement», déclare-t-il. Parmi les événements que le premier porte-parole du Conseil fédéral a eus à gérer, Yves Petignat, chroniqueur au Temps, se souvient plus spécialement de la prise d’otages de l’ambassade de Pologne, à Berne. C’était en 1982. «Il a impressionné le public et les médias internationaux», relève le journaliste.

Achille Casanova a aussi vécu la tourmente qui a précédé la démission d’Elisabeth Kopp, en 1988. Il a eu à gérer le cafouillage entourant le dépôt de la demande d’adhésion à l’UE, en 1992, car la décision a fait l’objet d’une fuite. Avant d’autres, il a pressenti que l’affaire des fonds en déshérence allait prendre de l’ampleur. Et il a également été témoin de l’éviction de Ruth Metzler, PDC comme lui, au profit de Christoph Blocher.

Le talent du plurilinguisme

Joseph Deiss avoue avoir admiré la capacité prodigieuse du Tessinois à communiquer en toutes circonstances. «Il avait le sens de la formule, tenait à être didactique. Lorsque nous prenions une décision, il lui arrivait d’intervenir et de nous aider à trouver une formulation qui puisse être bien comprise et acceptée», poursuit l’ancien conseiller fédéral qui rappelle également la formidable maîtrise des langues de l’ancien vice-chancelier.

Doté d’une voix qui portait, Achille Casanova jonglait en effet avec les langues: italien, allemand, français, anglais. Ce plurilinguisme reflétait également sa connaissance du pays et de ses sensibilités. «Et il nous les rappelait!, se souvient encore Joseph Deiss. «A une période où les moyens techniques évoluaient rapidement, il nous a aussi aidés à nous maintenir à la page». Les médias lui doivent notamment la retransmission en direct sur internet des conférences de presse du Conseil fédéral.

Un apôtre du débat

Achille Casanova prônait l’ouverture et la transparence. Lundi, la Chancellerie fédérale rappelait que sous sa direction, la brochure explicative en vue des votations a pris de l’ampleur. Elle ne se contentait plus de présenter les arguments du Conseil fédéral. Dans sa communication, Achille Casanova était d’une loyauté sans faille. Mais Oswald Sigg, qui lui a succédé, avoue que son prédécesseur était très calé pour communiquer sereinement une décision tout en laissant entendre aux journalistes qu’elle avait donné lieu à un débat... pas aussi harmonieux.

Avant de se mettre au service de la Confédération, Achille Casanova était correspondant pour la Télévision suisse italienne. Lui-même correspondant à Berne pour la TSR, Dominique von Burg se souvient. «Il était culotté mais à la Tessinoise. Un exemple: il parquait sa voiture à quelques pas du Palais fédéral, entre deux rames du tram. Mais dans son travail, il était plus sérieux qu’il n’en avait l’air.» Le nouveau vice-chancelier ne s’est pas affadi en quittant la profession. Sa jovialité était appréciée de tous. «Au Conseil fédéral, il était respecté et apprécié aussi en tant que personne car il apportait beaucoup de chaleur humaine», conclut Joseph Deiss.