Mohamed Achraf était sur le point de commettre une série de cambriolages importants dans la région zurichoise afin de financer l'achat de 500 kg d'explosif à El Ejido, dans la province d'Almeria, en Espagne. Dans un nouveau document confidentiel des services secrets espagnols (Unidad Central de Informacion Exterior) dont Le Temps a pu obtenir copie (15 pages officielles et 11 pages en annexe), le cerveau de la brigade terroriste islamique a dit, lors d'une conversation téléphonique enregistrée à la fin de l'été: «Il n'y a pas de problèmes pour trouver l'argent nécessaire à l'achat d'explosif. Il y en a beaucoup en Suisse et il suffit de l'enlever aux infidèles.» A plusieurs reprises, il a martelé que cette opération de cambriolage était imminente et qu'il fallait pendre les «infidèles» avec leurs propres cordes, c'est-à-dire avec leur «propre argent». L'Office fédéral de la police n'était au courant de rien.

Ces révélations montrent une nouvelle facette de cet «émir du groupe salafiste» qui vivait en toute illégalité à Zurich depuis fin 2002. Mohamed Achraf n'était donc pas seulement le cerveau de la cellule «Martyrs pour le Maroc», mais il en était aussi le seul et unique responsable financier. Plus grave. Cet extrémiste «radical et violent» serait surtout devenu le premier homme de cette brigade à commettre un acte criminel sur sol helvétique s'il n'avait pas été emprisonné, complètement par hasard, à la suite d'une violation sur la loi fédérale des étrangers.

La réalisation imminente de cette série de grands casses est confirmée par un certain Salim, d'origine palestinienne, «un génie en informatique», que Mohamed Achraf a connu à Düsseldorf, et avec lequel il échangeait des e-mails par le biais de l'adresse sagittair14@yahoo.fr. Ce dénommé Salim, qui habita quelques jours chez le chef de la brigade dans la banlieue de Zurich, dit: «Prie pour lui afin que Dieu lui permette de devenir un martyr le plus tôt possible et afin qu'Allah l'aide à faire un bon vol aux infidèles, pour les frères d'Algérie qui en ont besoin. Prie aussi pour ceux de Guantanamo qui souffrent énormément.»

Ce rapport des services de renseignement espagnols nous apprend aussi pour la première fois comment la brigade qui prévoyait de faire exploser l'Audiencia nacional à Madrid (première instance pénale du pays) avec un camion suicide était organisée. Les indications sont aussi effrayantes que troublantes. On découvre ainsi que Mohamed Achraf dirigeait depuis Zurich une organisation très bien structurée composée d'une vingtaine de membres divisée en quatre cellules opérationnelles (explosifs, infrastructure, falsification et idéologie). Ce réseau ancré en Andalousie avait un chef qui gérait chacun de ces sous-groupes.

La «cellule explosifs»

Selon les agents espagnols de l'Unidad Central de Informacion Exterior (UCIE), Kamara Birahima Diadie est un «moudjahidin spécialisé dans les vols à main armée et très radical avec les infidèles». C'est lui qui était chargé d'acheter les 500 kilos d'explosif à un individu d'origine gitane de la région d'Almeria. Mohamed Achraf devait lui envoyer l'argent par virement, via Postfinance, à une succursale de Cajamar (l'équivalent de la banque Raiffeisen en Espagne) de El Ejido. L'explosif recherché était de type «Goma 2 eco», le même que celui des attentats du 11 mars à Madrid.

La «cellule infrastructure»

Smail Latrech faisait la navette entre Mohamed Achraf, le cerveau de l'organisation terroriste, et les autres membres du réseau en Espagne. Cet été, il a été chargé de transporter un sac appartenant à Mohamed Achraf qui contenait des livres et des cassettes sur le «djihad». Ce sac contenait des lettres (en arabe) écrites de la main même du cerveau de la brigade «Martyrs pour le Maroc», ainsi qu'une partie de ses affaires personnelles. Celles-ci ont été interceptées par les services secrets espagnols.

La «cellule de falsification»

Mourad Yala (44 ans) était le doyen du groupe, mais pas le chef. Il est devenu un expert dans la falsification de documents d'identité et de cartes de crédit. Cet islamiste barbu était le relais privilégié de Mohamed Achraf pendant que celui-ci cherchait des sources de financements (d'origine criminelle et légale) en Suisse. Il habitait chez son frère Rachid, dans la ville d'Almeria.

La «cellule idéologique»

Djamel Merabet est considéré comme le membre le plus radical du groupe. Dans ses contacts avec Mohamed Achraf en Suisse, il invoquait à la fin de chaque phrase le nom d'Allah «afin d'avoir une opportunité de mourir en martyr». Il était le confident de Mohamed Achraf et son support spirituel. C'est avec lui que le cerveau de ce groupe islamique parlait le plus souvent depuis Zurich.