Justice

Acquittement pour les islamistes suisses accusés de propagande terroriste

Le Tribunal pénal fédéral a considéré que Nicolas Blancho et Qaasim Illi ont agi par conviction religieuse en publiant sur le site du Conseil central islamique suisse une interview d’un prédicateur saoudien proche d’Al-Qaida appelant à la violence. L’auteur de la vidéo, lui, a été reconnu coupable de propagande en faveur d’organisations terroristes

Les islamistes suisses Nicolas Blancho et Qaasim Illi ont été acquittés vendredi par le Tribunal pénal fédéral (TFP) de Bellinzone. Le producteur vidéo germano-tunisien Naim Cherni a en revanche écopé de 20 mois de détention avec sursis pendant deux ans. Les trois hommes avaient comparu en mai dernier pour répondre des accusations de violation de la loi fédérale interdisant les groupes terroristes Al-Qaida et Etat islamique.

Le verdict de la cour a été lu vendredi après-midi à Bellinzone dans une salle comble, en présence des accusés et de nombreux sympathisants, venus de Suisse alémanique notamment. Certains se sont bruyamment manifestés pendant la lecture du verdict concernant Naim Cherni, 26 ans, et ont dû être rappelés à l’ordre par la présidente du TPF, Miriam Forni.

A leur arrivée au siège du TPF vers 15 heures, les trois prévenus et leurs avocats ont été salués par un groupe d’islamistes, dont de nombreuses femmes couvertes de la tête aux pieds mais le visage découvert (le port de la burqa est interdit au Tessin depuis 2016). Coïncidant avec la fin du ramadan, l’accueil a été souligné par l’offre de roses blanches aux prévenus. Le dispositif de sécurité s’est montré à la hauteur de l’écho médiatique du procès suivi par de nombreux curieux.

Le vidéaste accusé de propagande

Selon le TPF, seul Naim Cherni, résidant à Berne et responsable de productions du Conseil central islamique suisse (CCIS) – un groupe d’obédience salafiste fondé en 2009 par le Biennois Nicolas Blancho, 34 ans – a fait preuve de propagande en faveur d’Al-Qaida et de l’Etat islamiste. Il est condamné pour avoir tourné, en octobre 2015 en Syrie, deux films vidéo diffusés sur internet, que leur auteur qualifie de «simples interviews journalistiques».

L’un des films donnait la parole au Saoudien Abdullah al-Muhaysini, leader de l’organisation Jaysh al-Fath, constituée durant la guerre en Syrie et liée à Al-Qaida. Le prédicateur y appelait les musulmans d’Occident à la violence au nom de la guerre sainte. Naim Cherny, paradoxalement le plus «européen» d’apparence des trois prévenus, a écopé d’une peine de 20 mois de détention assortie d’un sursis de 2 ans. Il devra aussi s’acquitter d’une partie des frais de la cause à hauteur de près de 15 000 francs. La procureure fédérale Juliette Noto avait requis 24 mois de détention avec sursis pendant cinq ans.

Procureure désavouée dans deux cas sur trois

En revanche, les salafistes alémaniques Nicolas Blancho, fondateur du CCIS, et Qaasim Illi, 35 ans, responsable de la communication de ce même centre, ont été acquittés sur toute la ligne et seront partiellement indemnisés. Selon le TPF, les deux islamistes suisses n’ont pas violé la loi fédérale qui interdit les groupes terroristes en autorisant la publication des vidéos controversées sur leur site. Leur action a été dictée par une idéologie religieuse, non par souci de propagande. Désavouée dans ces deux cas, la procureure avait aussi requis 24 mois de prison avec sursis pendant cinq ans contre les deux Suisses convertis.

A la sortie de la salle d’audience, les prévenus ont manifesté leur intention de recourir jusqu’au Tribunal fédéral contre la condamnation infligée à Naim Cherni. Le Ministère public de la Confédération (MPC), qui a essuyé un échec partiel en n’obtenant qu’une condamnation sur trois, n’a pas encore décidé s’il présentera ou non recours contre la sentence du TPF. Celle-ci a été motivée oralement, mais ne le sera pas par écrit. «Ce qui compte actuellement à nos yeux, a dit le substitut du procureur, c’est le fait qu’en condamnant Naim Cherni, la cour ait fondamentalement reconnu l’aspect de propagande véhiculé par les vidéos tournées pour le compte du CCIS.»

Durant les audiences des 16 et 17 mai dernier, les trois prévenus avaient refusé de répondre aux questions de la cour. Ils estimaient être victimes de propagande anti-islamiste et faire l’objet d’un «procès politique». Leurs défenseurs avaient plaidé l’acquittement.

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