Justice

Acte III dans le feuilleton de la cellule mafieuse de Frauenfeld

Quinze membres présumés de la ’Ndrangheta, dont deux en Haut-Valais, ont été arrêtés mardi en vue d’une extradition vers l’Italie. Quatorze s’opposent à leur départ

L’étau se resserre encore un peu plus sur la mafia calabraise en Suisse. Mardi au petit matin, coup sur coup, la police cantonale thurgovienne a arrêté douze personnes, son homologue zurichoise une personne et la police valaisanne deux personnes, dans le haut du canton a appris Le Temps de source policière. Toutes sont soupçonnées d’être membres de la cellule de Frauenfeld (TG) de la’Ndrangheta calabraise. Les polices ont agi sur ordre de l’Office fédéral de la Justice (OFJ) qui a lui-même répondu à des demandes d’extradition adressées par l’Italie entre février 2015 et janvier 2016.

Après les premières auditions, quatorze suspects s’opposent à leur extradition. Un seul, arrêté en Thurgovie, a donné un accord de principe. Ces mafieux présumés devraient être libérés sous caution, avec d’éventuelles mesures de sûreté, en attendant la suite de la procédure, affirme l’OFJ. Ce n’est pas la règle dans ce cas de figure. Mais la plupart résident en Suisse de longue date et «savent déjà qu’ils font l’objet d’une enquête de l’Etat italien», précise l’office. Le risque de fuite est ainsi considéré comme minime. Deux personnes naturalisées ont aussi été citées à comparaître mardi dans cette affaire. L’une des deux a été entendue et s’est opposée à son extradition, qui ne peut être effectuée contre son gré. L’autre sera interrogée la semaine prochaine.

Un 2e acte spectaculaire, avec une vidéo clandestine

Si les personnes arrêtées mardi savaient déjà qu’elles étaient sous enquête, c’est parce que le feuilleton de la cellule mafieuse de Frauenfeld est riche de plusieurs épisodes. L’acte I remonte à 2012. Une enquête est ouverte en Suisse sur la base de renseignements fournis par les enquêteurs anti-mafia italiens travaillant sur les trafics d’armes et de drogue. Les rapports annuels de la Police fédérale ont mis en lumière des liens entre toutes les grandes organisations mafieuses d’Italie et la Suisse. Mais ceux de la 'Ndrangheta sont qualifiés de particulièrement forts.

Celui qui veut travailler peut travailler, il y a du travail pour tous. Vous pouvez travailler avec tout: extorsion, cocaïne, héroïne

L’acte 2 qui se déroule en août 2014 est spectaculaire. Dans le cadre de l’opération Helvetia, les autorités italiennes arrêtent deux personnes, dont Antonio N., le patron de la cellule de Frauenfeld (TG). Quatre jours plus tard, les carabiniers italiens diffusent une vidéo clandestine réalisée dans le cadre d’enquêtes menées par le Ministère public de la Confédération et la Police judiciaire fédérale. Dans une séquence digne du Parrain, on y voit le boss de la cellule thurgovienne parler aux jeunes: «Celui qui veut travailler peut travailler, il y a du travail pour tous. Vous pouvez travailler avec tout: extorsion, cocaïne, héroïne». C’est la toute première fois que l’existence d’une cellule organisée de la mafia calabraise en Suisse est attestée. La diffusion de cette vidéo ne plaît pas vraiment aux autorités helvétiques qui auraient voulu pouvoir aller au bout de leur enquête. Au moment de la publication de la séquence, seize personnes sont encore recherchées par les autorités italiennes.

D’où la principale interrogation: l’acte 3 de mardi consacre-t-il l’arrestation des personnes recherchées à l’époque de la vidéo? Quel lien avec l’opération Helvetia? Le MPC se refuse à tout commentaire sur ce point et rappelle que l’opération Helvetia est italienne. Va-t-il lancer une procédure contre les deux suspects naturalisés cités à comparaître? Il indique seulement «attendre les décisions d’extradition avant de se déterminer sur la suite des démarches».

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