C'est durant la nuit que le Syndicat de la communication a finalement décidé d'afficher au grand jour son mécontentement face à La Poste. La manœuvre ne visait pas à dissimuler l'identité des manifestants, qui devaient surtout être des professionnels du syndicalisme et des retraités, plus que des employés postaux soucieux de conserver leur emploi. Il s'agissait en fait de bloquer le travail nocturne des bases de distribution de colis de Daillens (VD), Frauenfeld (TG) et Härkingen (AG). Si le syndicat n'attend pas de La Poste qu'elle revienne d'elle-même sur ses projets d'externalisations, il souhaite par contre provoquer un sursaut chez les politiques pour qu'ils obligent le géant jaune à revoir ses positions. Certains syndicalistes espèrent même parvenir à faire sauter deux fusibles à la direction de La Poste: son patron Ulrich Gygi et le président de son conseil d'administration, Anton Menth.

Les attentes vis-à-vis de la classe politique sont énormes. Au sein de la direction du Syndicat de la communication, on reste pourtant plus évasif sur les desseins poursuivis par ces blocages. «Nous ne visons personne en particulier. Nous voulons juste que les politiciens interviennent dans la stratégie de La Poste. Nous espérons également sensibiliser la population et les employés», explique Giorgio Pardini, le vice-président du syndicat frondeur.

La grogne syndicale a pris cette dernière semaine une tournure concrète, après l'annonce faite sur la place publique des réductions de salaires occasionnées par certaines externalisations de La Poste. Le Syndicat de la communication parle d'une baisse de 20%, voire 30% du salaire pour les chauffeurs de l'entreprise. L'ex-régie fédérale rectifie. «Nous ne toucherons pas aux salaires nominaux des employés déjà en place. Nous renégocierons par contre le niveau de salaire des nouveaux engagés et cette baisse de 20% fait partie de la discussion», précise André Mudry, le porte-parole de La Poste.

Pour les entrepreneurs postaux, les conséquences de la création de CarPostal SA se font déjà ressentir. L'un d'eux explique sur quelle base salariale il engagera une nouvelle recrue, en février prochain. «Le chauffeur qui prend sa retraite gagne 75 000 francs par an. Son remplaçant sera embauché sur une base variant entre 55 000 et 60 000 annuel», détaille-t-il. Les salaires des nouveaux employés postaux pourraient donc bel et bien fondre à l'avenir. Pourtant, les employés de La Poste gagneraient à l'heure actuelle 20% de plus que leurs collègues travaillant pour des entreprises privées. Pour les syndicalistes, cette comparaison n'autorise pas La Poste à s'aligner sur les dumpings salariaux pratiqués par certains entrepreneurs. Du côté du syndicat Transfair, qui déposera plainte aujourd'hui auprès de la commission paritaire de conciliation pour les mêmes raisons que celles dénoncées par le Syndicat de la communication, on critique la réaction primesautière à ces annonces de baisses de salaires. «Nous n'avons pas commencé à négocier la CCT pour CarPostal SA. La première offre de négociations de La Poste va certes vers le bas, mais nous devons encore la discuter», déclare Peter Heiri, le responsable de la branche Poste/Logistique chez Transfair.

Le Syndicat de la communication donnera aujourd'hui une ligne plus précise à la suite de son action de lutte. Elle devrait en grande partie dépendre du succès du blocage de la nuit dernière. Les mobilisations à venir pourraient toutefois se heurter à la crainte des employés de perdre leur emploi et une grève générale paraît dès lors peu probable.

Du côté du syndicat, on promet de ne pas pénaliser les petits clients de La Poste juste avant Noël et de leur laisser la possibilité de recevoir et d'envoyer leurs cadeaux.