Genève

Quand les activistes chahutent les business meetings des grands hôtels  

Un collectif écologiste a filmé et mis en ligne la réunion d'information financière organisée par Total à Genève début septembre, et perturbée par ses militants. Succès sur la Toile, et questions pour l'industrie touristique

La vidéo fait un carton sur le Net, en Suisse, en France, en Belgique, au Canada. Quatre cent mille vues en 4 jours sur Facebook, il est beaucoup de médias ou de youtubeurs qui rêveraient d’une diffusion aussi massive et aussi rapide. L’objet de tant de likes? Le compte-rendu d’une réunion d’information financière organisée le 1er septembre par Total, au Kempinski, un des hôtels les plus prestigieux de Genève, et qui a été perturbée par des activistes de BreakFree, un collectif international d’associations écologistes qui milite pour le désengagement des énergies fossiles.

Une version courte reprend les principaux événements de l’opération; on y voit Patrick Pouyanné, le patron du groupe, énumérer les positions de Total au Qatar quand tout à coup, un participant se lève: «Navré, Monsieur, mais cela me paraît totalement contradictoire avec les objectifs de la COP 21». Et de développer sur le réchauffement qu’induisent les opérations de Total dans les forages, les gaz de schiste et sur l’impérative nécessité pour les pays industrialisés de diminuer de 90% leur consommation d’énergies fossiles. Des agents de sécurité se chargent alors de faire sortir le perturbateur, tandis que le directeur général de Total affirme que lui aussi «est intéressé par le climat, largement autant que vous». Un peu plus tard une participante bon chic bon genre pose à nouveau des questions naïves et gênantes sur le climat, sans qu’on sache de prime abord si c’est une activiste ou non. A son tour elle est interrompue par un autre militant qui joue au vrai investisseur – oui, le scénario est assez complexe, c’est ce qui fait son succès. «On arrête ces histoires d’écolo, on s’est fait phagocyter la réunion, ça arrive tout le temps en ce moment […] On est pas là pour parler philosophie, c’est une réunion financière, les babacools on sort…» insiste l’activiste.

C’est «l’immense hypocrisie de Total» que veut dénoncer BreakFree, explique Thibaut Schneeberger, membre du collectif, le décalage entre son agenda interne avec ses investissements et son discours public. L’hôtel Kempinski aurait-il pu empêcher les perturbateurs de venir? «On est venu tout à fait tranquillement, c’était une réunion ouverte au public, on pouvait facilement se faire inviter en s’inscrivant sur le Net, nous étions une dizaine. Nous sommes intervenus pendant la séance de questions, sans agressivité». Que le directeur de Total ait réagi avec grand calme au discours de son accusateur et que la sécurité ait sorti les perturbateurs sans trop de problèmes (un agent a tout de même en passant cassé les lunettes de l’un des activistes) montre combien le risque d’invités contestataires est aujourd’hui pris en compte et intégré.

Le collectif avait déjà mené une opération toujours à Genève contre CreditSuisse en mai, «un des pires investisseurs bancaires dans le domaine des énergies fossiles» affirme la vidéo. La sortie des militants a cette fois été plus mouvementée.

Les activistes affirment vouloir ouvrir les yeux du grand public avec ces manifestations spectaculaires, et estiment que leurs actions ressortent de la désobéissance civile. Ce type de perturbations est appelé «à se multiplier» selon BreakFree.

De quoi éveiller l’intérêt des organisateurs d’événements à Genève et dans le pays; le tourisme d’affaires représente 50% du tourisme des grandes villes et même 75% à Genève.

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