Justice 

Les activistes pro-climat dénoncent une répression disproportionnée

Deux jeunes Romands arrêtés à Zurich après avoir bloqué le siège de Credit Suisse sont condamnés à 2 mois de prison avec sursis et 1000 francs de frais de justice. Après 48 heures en garde à vue

Les actions coups-de-poing en faveur de l’environnement ne restent pas sans conséquences. Même dans les villes tentées de proclamer l’urgence climatique comme Zurich ou Bâle. A Zurich, les quelque 64 activistes arrêtés pour avoir bloqué le siège de Credit Suisse lundi dernier sont condamnés à 2 mois de prison avec sursis, ou 60 jours-amendes, et doivent s’acquitter de frais de justice allant de 800 à 1000 francs. Parmi eux, le Genevois Robin, 23 ans, ingénieur en informatique, et la Lausannoise Alexandra, 21 ans, étudiante en sciences de l’environnement, dénoncent un traitement judiciaire disproportionné.

Lorsque la police zurichoise arrive sur la Paradeplatz ce matin-là, Robin est couché sur le sol, le cadenas de son vélo attaché autour du cou, en compagnie d’une dizaine d’autres activistes, bien décidés à dénoncer «l’impact néfaste de la place financière suisse qui investit massivement dans les énergies fossiles». Le militant n’en est pas à son coup d’essai. Ces derniers mois, après s’être longuement documenté sur le sujet, Robin a cessé son activité professionnelle pour embrasser pleinement la cause environnementale. Il vit désormais sur ses économies, multipliant les actions en Suisse et en Europe à travers différents collectifs.

«Forte douleur au thorax»

Ce jour-là, l’opération tourne mal. «Sans donner d’informations, les policiers ont commencé à démanteler les barricades de vélos à l’aide de pinces et de scies électriques. Pour déloger d’autres personnes, ils m’ont piétiné, j’ai ressenti une forte douleur au thorax au point de tourner de l’œil», raconte Robin, encore choqué. Après un bref contrôle médical dans une ambulance, le jeune homme est transféré dans un poste de police zurichois, où ses affaires sont confisquées et où il subit une fouille à nu.

Lire aussi: Des militants du climat convoqués au Tribunal vaudois des mineurs

Après un interrogatoire individuel en présence d’une traductrice, Robin est placé en cellule avec un autre manifestant. «On m’a refusé un conseil juridique, empêché de prévenir mes proches et de voir un médecin, s’insurge-t-il. Certaines personnes n’ont même pas reçu de repas.» A ses yeux, rien ne justifiait une seconde journée de détention, dans la mesure où aucun autre interrogatoire n’a été mené durant ce laps de temps.

A sa libération, mercredi dernier, Robin reçoit une condamnation par ordonnance pénale pour violation de propriété privée, manifestation non autorisée, contraintes et refus d’obtempérer. Il doit aussi s’acquitter de 800 francs de frais de justice. Comme bon nombre de ses camarades, il compte faire appel, assisté d’un collectif d’avocats suisses alémaniques. «Je considère ce traitement comme de l’intimidation, pour nous décourager d’agir dans le futur. Cela ne marchera pas.»

«Comme des criminels»

Pour Alexandra, les frais de procédure s’élèvent à 1000 francs, un montant qu’elle se dit «incapable de payer». Active depuis un an au sein du mouvement Lausanne Action Climat, la jeune étudiante a participé en novembre 2018 à l’action «Roger», qui visait déjà Credit Suisse. Lundi dernier, elle confie avoir eu peur lorsqu’elle a vu ses amis «se faire scier les chaînes à 10 cm du visage, sans protection». Emmenée manu militari au poste, Alexandra restera deux jours seule, sans nouvelles de ses camarades, sans informations, sans comprendre la langue. «On nous traite comme des criminels mais nous n’avons pas d’autre choix que de nous battre contre le système pour avoir une chance de vivre à l’avenir.»

Lire également: Le hall de l’aéroport de Zurich occupé par des activistes

Après la politique, l’éducation et les petits gestes individuels, la désobéissance civile sonne comme un ultime recours pour les activistes. N’est-ce pas normal que les autorités réagissent? «L’urgence de la situation justifie notre action, argumente Robin. Rien dans la loi n’est contraignant, rien ne permet de faire respecter les Accords de Paris. La situation est inextricable.»

Selon le site d’information Watson, un militant se trouve toujours incarcéré à Zurich. Il s’agirait d’un homme de 60 ans qui a refusé de donner son identité. «Je m’inquiète pour lui, déplore Robin. Lors de son arrestation, il a été lâché dans les escaliers et a chuté sur des débris de vélos.» L’homme aurait entamé lundi une grève de la faim.

Publicité