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La conseillère nationale Ada Marra (PS/VD) est à l’origine de la votation sur la naturalisation simplifiée des jeunes étrangers de 3e génération.
© Bertrand Rey

PORTRAIT

Ada Marra, la foi dans l’intégration

De nationalités suisse et italienne, la conseillère nationale socialiste est à l’origine du projet de naturalisation facilitée des jeunes de 3e génération. Ce dimanche, il a été plébiscité par les électeurs. Portrait

Nous republions ce dimanche 12 février le portrait d'Ada Marra, réalisé avant le vote sur la naturalisation facilitée. Son projet a été plébiscité par les électeurs 


Ada Marra n’est pas une «terza», même si elle se bat pour les jeunes étrangers de la 3e génération; elle est une «secunda», bien qu’elle n’aime pas ce terme. «Il ne reflète pas ce que je suis: je ne fais pas partie d’une 2e génération de migrants, je suis fille de migrants et je n’ai jamais bougé moi-même.» En effet. La conseillère nationale socialiste est née à Paudex en 1973, de parents italiens, elle a suivi l’ensemble de sa scolarité dans le canton de Vaud, où elle a toujours vécu et elle est suisse depuis 1996.

A l’origine du projet de naturalisation facilitée des jeunes étrangers dont les grands-parents ont émigré en Suisse, soumis au vote le 12 février, elle mène la campagne en Suisse romande: «Il n’est pas normal que la procédure de naturalisation soit la même pour une 1re ou une 3e génération», répète-t-elle de débat en débat, «il n’est pas normal non plus que la naturalisation soit une roulette russe, que selon la commune où l’on vit, on ait plus ou moins de chances d’être naturalisé».

En Suisse alémanique, où se jouera la votation, la conseillère nationale laisse le champ de bataille à d’autres militants: «Bien sûr que je suis bilingue! Mais avec l’italien, pas avec l’allemand!», ironise-t-elle. La Vaudoise parle également le dialecte des Pouilles, du moins dans une version un peu surannée des années 1950.

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Lutte contre la précarité

L’histoire d’Ada Marra ressemble à celle de nombreuses familles italiennes de Suisse. Son père est arrivé en 1958, à l’âge de 18 ans, «dans la vague d’immigration des années 1960». Cadet d’une fratrie de dix enfants, il a d’abord travaillé comme saisonnier durant plusieurs années, exerçant différents métiers: livreur pour une grande boucherie, vacher dans le canton de Fribourg, chauffeur de poids-lourds. Venue du même village, aînée d’une famille de cinq enfants, sa mère est arrivée en Suisse quelques années plus tard pour épouser son père. Ada Marra a deux frères, un aîné et un frère jumeau. Le temps passant, les parents ne sont jamais repartis. Et lorsque leur fille s’est lancée en politique, ils ont également demandé le passeport suisse, tout en conservant, comme Ada Marra, leur nationalité d’origine. «Il est assez rare que cette première génération se fasse naturaliser. En général, elle était peu formée et craignait de passer des tests oraux et écrits.»

Il est assez rare que la première génération se fasse naturaliser: peu formée, elle craignait de passer des tests oraux et écrits.

Ada Marra est entrée en politique par le militantisme étudiant. En Sciences Po à l’Université de Lausanne, elle fait rapidement partie de la FAE, la Fédération des associations d’étudiants et milite notamment pour les bourses d’études. «C’est là que j’ai compris l’impact de la mobilisation collective. J’ai voulu voter et j’ai alors demandé à être naturalisée.» Engagement politique et associatif: Ada Marra ne quittera plus cet environnement. Peu après ses études, elle est engagée comme permanente au Parti socialiste, où elle fera ensuite ses gammes comme élue. En parallèle, elle est engagée dans la lutte contre la précarité; elle a notamment fait partie de la présidence de Caritas Suisse et préside actuellement la Fondation Mère Sofia.

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Favorable au RBI

Elle appartient à l’aile gauche et libertaire du parti, celle que les pragmatiques qualifient volontiers d’idéaliste. Elle se reconnaît dans des figures comme Christiane Taubira, l’ancienne ministre française de la Justice, férue de liberté. Dans la primaire française, elle tient pour Benoît Hamon, vainqueur du premier tour. L’ex-ministre à l’Economie sociale et solidaire défend le revenu universel comme Ada Marra a soutenu le revenu de base inconditionnel (RBI), lors de la votation de 2016, contre l’avis majoritaire du Parti socialiste suisse. Autour de la valeur du travail, de l’héritage syndical et des acquis sociaux, le sujet avait divisé la gauche comme il oppose aujourd’hui, en France, Manuel Valls et Benoît Hamon.

Se battre pour mettre des sparadraps sur les plaies, c’est bien. Mais il vaudrait mieux cesser de blesser les gens.

La quadragénaire n’a jamais caché sa foi. Dans l’engagement en faveur des plus démunis notamment, «il y a une véritable accointance entre les valeurs chrétiennes et socialistes», estime-t-elle. Aux chambres, elle participe régulièrement à la méditation organisée le mercredi matin pour les élus, de «droite comme de gauche». Elle croit également dans les valeurs de l’économie du partage, dans la force des mouvements citoyens pour apporter un nouveau souffle à la gauche et «dépasser le capitalisme». Bien qu’elle prête à sourire jusque dans les rangs socialistes, parmi les pragmatiques ou les tenants d’une ligne sociale-libérale, la Vaudoise assume cette expression programmatique.

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«Actuellement, c’est dans les associations que les réflexions sont les plus fécondes sur les projets de société alternatifs et la décroissance», juge Ada Marra. «Comme socialistes, nous devons être autre chose que des gestionnaires et des comptables. Se battre pour mettre des sparadraps sur les plaies, c’est bien. Mais il vaudrait mieux cesser de blesser les gens.» Facilement émue, Ada Marra laisse facilement couler une larme. Elle le revendique également: «Que je sache, être sensible n’empêche pas de réfléchir!»

Hors course

Elue au Conseil national en 2007, après avoir siégé au Grand Conseil vaudois, la députée a passé sa première législature au sein de la commission des institutions politiques et s’est illustrée sur les sujets concernant l’asile et les étrangers. C’est à ce moment-là qu’elle a déposé son initiative parlementaire sur la naturalisation facilitée, «La Suisse doit reconnaître ses enfants». Le texte mettra huit ans à être adopté par les Chambres. «Sur les thèmes touchant la migration, ma ligne a toujours été la même: les enfants ne sont jamais responsables de l’histoire migratoire de leurs parents.»

Lassée d’être identifiée à ces seuls combats, elle fait désormais partie de la prestigieuse commission de l’économie et des redevances. Mais bien qu’elle y siège depuis 2011, elle n’est pas parvenue à s’imposer comme une pointure sur les thèmes économiques et fiscaux. Concentrée sur la naturalisation facilitée, Ada Marra ne monte d’ailleurs guère au front dans la campagne contre la réforme de l’imposition des entreprises (RIE3).

Bien que meilleure élue en 2015 parmi les quatre candidats socialistes vaudois au Conseil national, la parlementaire fédérale ne s’est pas lancée dans la course pour le Conseil d’Etat lorsque Anne-Catherine Lyon a jeté l’éponge en septembre dernier; elle a préféré agir en soutien de la candidate nyonnaise Fabienne Freymond Cantone. Ada Marra juge le gouvernement cantonal trop éloigné du terrain, mais prend garde à ne pas insulter l’avenir: elle n’exclut pas de viser, un jour, un exécutif communal, «plus proche des gens et de leurs problèmes.»


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