Prenant tout le monde par surprise, Adalbert Durrer a annoncé jeudi matin à Lugano qu'il quitterait la présidence du PDC à l'occasion de la prochaine assemblée du parti, le 12 mai à Wil (SG). Il abandonnera ensuite son mandat de conseiller national après la session d'octobre. La course à sa succession est désormais ouverte. Quatre noms, tous alémaniques, reviennent le plus souvent (voir ci-dessous). D'autres ont également été articulés. Notamment – session parlementaire délocalisée au Tessin oblige – celui du conseiller aux Etats Filippo Lombardi, ancien dirigeant des jeunesses internationales démocrates-chrétiennes et directeur-fondateur de TeleTicino. L'ancien journaliste dit cependant ne pas être intéressé.

Président du parti depuis janvier 1997, candidat malheureux au Conseil fédéral en 1999, Adalbert Durrer entrera à la direction du groupe UBS le 1er janvier 2002, où il s'occupera plus particulièrement du secteur politique suisse. Il conseillera le président du conseil d'administration Marcel Ospel et le chef économiste Peter Buomberger. Son engagement a été conclu mardi. Sa décision suscite la controverse au sein du PDC, notamment parce qu'il la motive en partie par les remous de l'assemblée du 20 janvier. Interview.

Le Temps: Qu'est-ce qui vous a incité à prendre cette décision maintenant?

Adalbert Durrer: Comme mon mandat était soumis à réélection le 20 janvier 2001, j'ai déjà commencé à réfléchir à cette question l'automne dernier. Depuis le 20 janvier, il s'est passé des choses qui m'ont convaincu que le PDC avait besoin d'un nouveau président pour conduire les élections fédérales de 2003. Je fais de la politique depuis vingt-trois ans, j'ai 50 ans, j'estime que le moment est venu de relever de nouveaux défis.

– Faut-il comprendre que la décision du PDC suisse de soutenir l'initiative «Oui à l'Europe!», prise lors de l'assemblée du 20 janvier, a influencé votre décision?

– Oui, ça a joué un rôle, car je savais que cette décision heurterait une partie de nos électeurs et ne serait pas confirmée par les sections cantonales. La votation du 4 mars m'a conforté dans ce sentiment. Et je ne cache pas que le résultat de ma réélection le 20 janvier m'a aussi fait réfléchir (il a obtenu 269 voix sur 359 bulletins délivrés, ndlr), car j'ai senti qu'environ un quart des délégués avait des réserves à mon sujet. Le référendum sur l'avortement, à propos duquel le comité directeur doit prendre une décision aujourd'hui même, n'a en revanche aucun lien avec ma décision. Je constate d'ailleurs que, sur cette question, les fossés à l'intérieur du parti ne sont pas aussi profonds qu'on veut bien le dire.

– Un sous-groupe de tendance conservatrice, baptisé «Valeurs et société», vient de se créer. Reflète-t-il le glissement à droite du PDC?

– Certainement pas. Je regrette qu'on tire une telle conclusion de la création de ce sous-groupe. Il réunit des gens qui veulent simplement s'organiser pour mieux défendre certaines valeurs à l'intérieur du parti.

– Quel bilan tirez-vous de votre présidence?

– Contrairement à toutes les prévisions, nous avons réussi à nous maintenir aux élections fédérales de 1999 et nous avons conservé notre deuxième siège au Conseil fédéral. J'ai donc de quoi être satisfait, même si quelques dossiers spécifiques nous ont causé du tracas.

– Votre successeur doit-il être alémanique?

– Il ne m'appartient pas de me prononcer à ce sujet. Mais comme le chef du groupe est romand, je pense qu'on peut admettre que le président du parti soit alémanique. L'occasion est désormais offerte de lancer des personnalités jeunes et nouvelles. Nous n'en manquons pas.