«Je me considère comme un Suisse. J'ai fait mes études ici, je me suis accoutumé à la vie des Suisses. L'intégration s'est très bien passée. Aujourd'hui, après quelque temps en Espagne, je suis content de retrouver Genève. En plus, j'ai un caractère plutôt proche de celui qu'on attribue aux Suisses. Notez que je connais d'autres Espagnols qui sont comme moi: ça n'est pas une question de nationalité. Comme j'ai fait mes études au technicum de Genève, où il y a beaucoup de Suisses, à peu près la moitié de mes amis le sont. Les autres sont Espagnols, Italiens, Français… Bref, plutôt des Latins. Ça s'est fait comme ça, question d'affinités. Je pense que les gens qui ont peur des étrangers sont plutôt alémaniques et de la génération de mes parents. C'est aussi une question d'éducation. Quand elle est arrivée en Suisse, ma mère n'avait jamais côtoyé de Noirs. Ici, forcément, elle en a croisé très rapidement. Au début ça l'a déstabilisée. Aujourd'hui, ça ne lui pose plus de problème. Les mélanges qu'il y a ici, les possibilités croissantes de voyager aident à l'ouverture d'esprit. Mais je pense que les étrangers ont aussi un effort à fournir pour s'intégrer, même s'ils restent fidèles à leur culture. Parfois, j'en entends se plaindre que les Suisses sont ceci, sont cela. Ça m'énerve: les Suisses nous accueillent, à nous de nous adapter.»