un an avant les élections: Les verts

Adèle Thorens Goumaz: «L’UDC sape la culture politique de la Suisse»

La coprésidente des Verts suisses, Adèle Thorens Goumaz, reste prudente face à une alliance avec les vert’libéraux en 2015. Trop de divergences encore. L’enjeu pour 2015 reste une union des partis favorables à une Suisse ouverte. Alors que l’UDC «phagocyte» le débat politique

«L’UDC sape la culture politique de la Suisse»

Stratégies La coprésidente des Verts suisses, Adèle Thorens Goumaz, reste prudente face à une alliance avec les vert’libéraux. Encore trop de divergences

Enjeu pour 2015: une union des partis favorables à une Suisse ouverte

L’UDC phagocyte le débat politique, dénonce la coprésidente des Verts suisses, Adèle Thorens Goumaz, qui veut un Conseil fédéral élu sur un minimum de consensus politique.

Le Temps: Avec quelles ambitions abordez-vous les élections fédérales 2015? En 2011, vous avez perdu cinq de vos vingt sièges. Dans les parlements cantonaux, vous avez aussi perdu une demi-douzaine de sièges…

Adèle Thorens Goumaz: Je vous arrête: nous avons gagné à Berne, Soleure et Nidwald. Il est vrai que nous avons perdu massivement à Genève [–7 députés], ce qui explique le recul général. Nous avons aussi progressé dans les communes, notamment dans les exécutifs.

– Donc, vous partez avec des ambitions de reconquête…

– Le premier enjeu est de maintenir nos sièges. Il y a des cantons où nous avons le potentiel pour en gagner un. Notamment Bâle-Ville, où nous avons perdu une élue de très peu la dernière fois, et le Tessin. Un ou deux sièges de plus n’a rien d’utopique.

– Allez-vous conclure des alliances électorales avec les vert’libéraux?

– Les vert’libéraux sont à la fois des concurrents et des partenaires, tout comme le PS. Après des années de froid, nous collaborons maintenant de plus en plus avec eux, en particulier sur les dossiers environnementaux. Mais les divergences persistent en matière de politique sociale ou de droits humains.

– Quels seront vos thèmes de campagne?

– D’abord, la sortie du nucléaire, avec la poursuite de la stratégie énergétique au parlement et notre initiative pour la sortie du nucléaire, qui reste importante lorsqu’on voit le manque d’ambition de la politique énergétique actuelle. Il y a ensuite la discussion du contre-projet du Conseil fédéral à notre initiative pour une économie verte. Enfin, après le 9 février, tous les partis seront confrontés à l’application de l’article sur l’immigration et le maintien de nos relations bilatérales avec l’UE.

– Vous avez beaucoup investi sur l’économie verte. Pour les électeurs, cela reste un concept flou…

– Les réponses à la consultation au contre-projet sont extrêmement positives. Tous les cantons, sauf un, y sont favorables. Et les milieux économiques progressistes, comme Swisscleantech, le secteur du bois, ou encore Coop ou Migros, y adhèrent. Nous visons juste, même si le Conseil fédéral souhaite une modeste révision de la loi plutôt qu’un article constitutionnel. On retrouve dans le contre-projet du Conseil fédéral les mêmes axes que dans notre initiative: mieux revaloriser les matériaux, par exemple les métaux, mieux informer les consommateurs et, en dernier recours, imposer des prescriptions, comme l’interdiction d’importer du bois exploité de manière illégale. Le rôle des Verts a toujours été d’être des précurseurs, de mettre à l’agenda des thèmes qui demain deviendront des évidences. Par exemple avec la fiscalité verte.

– Vous êtes très profilés sur l’environnement, aujourd’hui occulté par d’autres thèmes, comme l’immigration. C’est votre handicap?

– Tous les partis ont le même problème: l’UDC phagocyte le débat politique avec ses provocations dans le domaine de la migration. Un des enjeux de la campagne 2015 sera de créer une union entre les partis raisonnables qui veulent maintenir une Suisse ouverte. Il ne faut pas que la concurrence entre ces partis aboutisse à les diviser sur la priorité absolue: lutter contre l’isolationnisme. Nous avons un rôle spécifique à jouer comme parti non gouvernemental et comme le parti dont l’électorat a la plus clairement refusé l’initiative de l’UDC le 9 février.

– Cela risque d’être difficile, car chaque parti a sa petite idée sur la manière d’appliquer le résultat du vote sur l’initiative «Contre l’immigration de masse» sans menacer les relations avec l’UE

– Nous avons d’emblée proposé d’utiliser la marge de manœuvre existante pour une application du texte constitutionnel la plus souple et la plus eurocompatible possible. Nous ne voulons pas nous laisser entraîner dans la politique du pire, soit appliquer l’article constitutionnel le plus rigoureusement possible, en espérant démontrer ainsi aux électeurs qu’ils ont fait une erreur. Revoter immédiatement, en espérant corriger le vote du 9 février, n’est pas plus respectueux de la volonté populaire. Le résultat ne serait pas différent.

– L’article constitutionnel contient des exigences incontournables…

– On a vu avec l’initiative des Alpes qu’on peut appliquer de manière souple, en respectant l’esprit plutôt que la lettre, une initiative qui peut poser des problèmes. Le peuple veut que l’on maîtrise l’immigration, cela ne se discute pas. Savoir de quelle manière cette volonté s’appliquera mérite une large discussion. Les Verts prônent une meilleure maîtrise et une meilleure coordination de la croissance entre régions et pays, par exemple en limitant le dumping fiscal. Le Conseil fédéral devrait étudier plusieurs possibilités et pas seulement une application «religieuse».

– Les attaques entre partis sont devenues plus dures, le débat sur les langues illustre l’incompréhension entre Romands et Alémaniques. Cela vous inquiète?

– Il y a une attaque systématique de l’UDC contre l’esprit de la politique et des institutions suisses. Cela marche malheureusement bien. Le parti qui se prétend le plus suisse est en réalité le moins suisse dans sa pratique. Il stigmatise le parlement et le débat ouvert, le système de consensus et le respect des minorités, il sape la compréhension entre les cultures. Le populisme est étranger à notre culture politique. Le climat de repli et de protectionnisme reflète aussi la crainte des gens de perdre la maîtrise de leur destin dans un monde globalisé.

– Les Verts visent-ils un siège au Conseil fédéral?

– Nous sommes représentés dans 9 Conseils d’Etat et dans les exécutifs de très nombreuses communes. A terme, nous souhaitons bien sûr entrer au Conseil fédéral. Mais nous verrons cela après les élections. S’agissant de l’UDC, nous n’avons jamais voté pour Ueli Maurer. La position de l’UDC reste ambiguë. Elle multiplie les initiatives, favorise les ruptures de collégialité, se situe davantage comme parti d’opposition que de gouvernement. Davantage que la formule mathématique, c’est l’existence d’une plateforme politique minimale entre partis qui devrait définir la composition du gouvernement. Ce qui est essentiel, c’est d’avoir au Conseil fédéral des personnes avec des projets communs, capables de collégialité et crédibles face au parlement.

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