Schwyz en a assez de passer pour un canton profiteur qui maintient un taux fiscal bas en utilisant les infrastructures de ses voisins. Les sept membres de son gouvernement, même si Schwyz est un canton contributeur, s'engagent en faveur de la réforme de la péréquation financière (RPT). Mais, surtout, le Conseil d'Etat est disposé à conclure un accord intercantonal avec Zurich, Lucerne et Zoug, qui vise à répartir les charges des grandes institutions culturelles zurichoises et lucernoises. Le message du Conseil d'Etat, présenté jeudi à Schwyz, est un signal fort. Le canton, éclaté entre les rives du lac de Zurich et la Suisse centrale, est prêt à mettre 2,2 millions de francs à la disposition de ses voisins zurichois et lucernois. Un effort considérable face aux 500 000 francs que le canton dépense pour la culture sur son propre territoire.

Ce «ménage à quatre» est une première dans le domaine de la culture et préfigure ce que préconise la réforme de la péréquation financière. Les discussions ont commencé à la fin 1998 en haut lieu, entre conseillers d'Etat. Le mécanisme de péréquation mis au point par les quatre cantons est relativement simple. Les coûts sont répartis selon les flux de spectateurs. Le canton abritant l'institution, puisqu'il en profite directement, prend à sa charge un socle d'au moins 25% des charges. Il fournit également des données actuelles se basant sur les abonnements, ainsi que sur des enquêtes représentatives de la fréquentation des diverses maisons. La liste des institutions entrant dans cette redistribution a été volontairement réduite à un strict minimum. Il s'agit à Zurich de l'Opéra, du Schauspielhaus et de la Tonhalle, à Lucerne du Centre de concerts et de congrès KKL, de l'Orchestre symphonique et du Théâtre.

Walter Stählin, conseiller d'Etat schwyzois en charge de la Culture, explique avec une certaine fierté dans la voix les raisons de l'engagement de son canton: «Schwyz, pour son développement économique, profite de la proximité de Zurich. L'offre culturelle est un atout pour notre canton. Le gouvernement est attaché au fédéralisme et veut montrer que l'on peut soigner la collaboration intercantonale sans y être forcé par Berne. Ce concordat peut entrer en vigueur quelle que soit l'issue de la votation du 28 novembre.» Non soumis à référendum, il devra toutefois passer la barre du parlement en février prochain. Walter Stählin est l'homme de la situation pour défendre le message du gouvernement. Habitant Lachen, une localité à 45 minutes en train de Zurich, il est membre de l'UDC, un parti qui non seulement rejette la RPT, mais qui devrait avoir de la peine à se laisser convaincre de débloquer plus de 2 millions de francs en faveur la culture, alors que le canton prévoit pour 2005 un déficit de 100 millions de francs. «J'espère que l'idée de solidarité va l'emporter», commente, sobrement, Walter Stählin. Une remarque qui s'applique également aux cantons d'Uri, de Nidwald et d'Obwald, qui refusent pour le moment de participer à cet effort de redistribution.

Zoug en revanche est le premier qui, depuis 1998, honore déjà les prestations culturelles de ses voisins pour un montant atteignant 1 million de francs chaque année. La somme va directement aux institutions culturelles de Zurich et de Lucerne. L'Opéra de Zurich vient en tête avec 500 000 francs. Dans un canton qui fait bloc contre la réforme de la péréquation, cette contribution volontaire est un argument de taille pour réfuter l'accusation d'égoïsme. Zoug attend la décision du parlement schwyzois pour transmettre le message à son parlement. «Nous sommes prêts. Nous ne voulons toutefois pas mettre inutilement en danger ce que nous versons à titre volontaire», explique Regula Koch, la cheffe des Affaires culturelles du canton. Le million que Zoug veut continuer à mettre à la disposition de ses voisins correspond à presque un tiers du budget culturel du canton.