Le kitesurf, soit la circulation sur des plans d’eau au moyen de planches à voile tirées par des cerfs-volants, a trouvé ses défenseurs. Sept élus de différents partis viennent de déposer une motion au parlement fédéral, afin que ce sport nautique soit «traité à égalité», en Suisse, avec d’autres disciplines comme la planche à voile.

Ce n’est en effet pas le cas aujourd’hui: si cette dernière peut être pratiquée plus ou moins librement en dehors des zones riveraines, l’utilisation de kitesurfs reste, quant à elle, interdite par principe, «en-dehors des plans d’eau autorisés» par les cantons. L’Ordonnance fédérale sur la navigation intérieure précise que ces plans d’eau ne peuvent être ouverts que si la sécurité des autres usagers du lac est garantie et s’il n’est pas porté atteinte «au milieu ambiant», notamment aux oiseaux d’eau. Une réglementation introduite en 2001 «sur la demande de différents cantons», indique Florence Pictet, porte-parole de l’Office fédéral des transports, mais jugée désuète, en 2012, aux yeux des adeptes de kitesurf.

Le fait que la pratique de ce sport soit tout de même autorisée sur une vingtaine de plans d’eau et quinze lacs, dont le Léman, ne change rien à la détermination de l’Association suisse de kitesurf. «Effectivement, lorsque l’on regarde la carte des spots officiels, on peut avoir l’impression qu’ils sont nombreux», note le vice-président de l’association, Mario Kaufmann. Mais dans les faits, assure-t-il, ce n’est pas le cas. «Certains cantons décrètent des autorisations pour des zones de kite sans tenir compte du vent ou d’autres conditions nécessaires à la pratique de ce sport. Et si certains cantons, à l’instar de Berne, nous consultent avant d’édicter des zones, d’autres ne prennent pas la peine de le faire.» D’où la nécessité, estime Mario Kaufmann, de lever l’interdiction au niveau national.

Une revendication soutenue par les sept motionnaires - parmi lesquels le socialiste argovien Cédric Wermuth, la démocrate du centre Natalie Rickli, le Vert Bastien Girod ou le PLR Ruedi Noser. «Je suis tout à fait conscient que des interdictions de zones doivent être décrétées en Suisse, notamment pour des raisons environnementales, relève Cédric Wermuth. Mais alors, ces interdictions devraient frapper l’ensemble des sports nautiques, et pas uniquement le kitesurf.»

Quant aux motifs sécuritaires invoqués, Cédric Wermuth, qui s’apprête à essayer pour la première fois le kitesurf cet été, note que, «depuis 2011, la pratique du kitesurf s’est démocratisée et les exigences sécuritaires ont été fortement renforcées.» Ainsi, depuis quelques années, chaque kit de kitesurf inclut un système de sécurité sophistiqué, précise la fédération suisse des sports nautiques de la voile, Swiss Sailing, sur son site internet.

Le parlement se laissera-t-il convaincre de revoir la législation en la matière? Pour sa part, la ministre de tutelle Doris Leutard, qui répondait en juin dernier, au parlement, à une question de la Zurichoise Natalie Rickli, ne semble pas convaincue par les arguments des pro-kitesurf. Les cantons, a argumenté la conseillère fédérale, restent actuellement les mieux à même de définir les zones de kitesurf sur les eaux de leurs lacs. Et ces derniers, concluait Doris Leuthard, ne semblent pas prêt à lâcher cette prérogative.