égalité

Administration fédérale: les femmes percent lentement le plafond de verre

L’administration fédérale compte 21,5% de femmes cadres supérieurs et atteint les valeurs cibles actuelles du Conseil fédéral. Mais des voix s’élèvent pour que le gouvernement se montre beaucoup plus ambitieux

Il y a progrès, mais celui-ci est lent, très lent. En 2018, dans les classes de salaire 30 à 38, les femmes sont désormais 152 pour un total de 708 postes, soit 21,5%. Sur le papier, le contrat est rempli. Pour la présente législature, le Conseil fédéral a en effet fixé les valeurs cibles entre 20 et 25% pour ces catégories de salaire supérieures à 200 000 francs par an. Mais Kathrin Bertschy, la coprésidente d’Alliance F, l’organisation faîtière des sociétés féminines, refuse de s’en contenter. Elle s’en désole même: «Ces statistiques sont décevantes. Nous, les femmes, ne pouvons pas patienter encore des décennies pour atteindre la parité.»

Lire aussi:  Kathrin Bertschy, une femme en colère

Dans les départements dirigés par des femmes, la progression est plus sensible. Au Département fédéral de justice et police (DFJP), que vient de quitter Simonetta Sommaruga, le secrétariat général, l’Institut suisse du droit comparé et la police fédérale se sont clairement féminisés. Même remarque pour le Département de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC), anciennement celui de Doris Leuthard. Au secrétariat général, la proportion de femmes a passé de 33 à 44% en quatre ans. Mais la situation n’est pas satisfaisante partout: certains offices, comme les transports, les routes et surtout l’aviation civile, restent des bastions masculins.

Seize entités sans la moindre femme

Chez les hommes du Conseil fédéral, c’est encore Alain Berset qui s’en tire le mieux à la tête du Département fédéral de l’intérieur (DFI). Ses plus grands offices, ceux de la santé publique et des assurances sociales, comptent un tiers de femmes. En revanche, il est évident que Johann Schneider-Ammann, Ueli Maurer et Guy Parmelin n’ont jamais fait de la parité une priorité. Le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), pourtant dirigé par Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch, ne compte que 9% de femmes.

Il faut le reconnaître: par rapport au privé, le secteur public montre la voie en Suisse, ainsi que l’a révélé en mars dernier le rapport du chasseur de têtes zurichois Guido Schilling. Celui-ci a analysé les sphères dirigeantes des 117 plus grosses entreprises de Suisse, de même que celles de l’administration fédérale et des 26 cantons. Alors que dans l’économie privée la présence des femmes recule, elle progresse dans le secteur public, se chiffrant aujourd’hui à 18%, contre 16% une année auparavant. «Les administrations publiques ont mis sur pied des modèles de temps de travail qui permettent mieux de concilier famille et profession que dans le privé», conclut le rapport.

Faut-il en conclure que tout va bien à l’administration fédérale, qui compte même 21,5% de femmes dans les classes de salaire de plus de 200 000 francs? En fait, le tableau n’est pas aussi reluisant que cela: pas moins de 16 entités, pour la plupart petites il est vrai, sur un total de 55 sont toujours entièrement masculines!

«Il faut viser 40% de femmes, et vite»

«Cette situation n’est pas encore satisfaisante, mais elle évolue dans le bon sens, ainsi qu’en témoignent les quatre femmes qui occupent un poste de secrétaire d’Etat», constate la présidente du Conseil national, Marina Carobbio Guscetti (PS/TI). De son côté, Kathrin Bertschy (Vert’libéraux/BE) revendique des objectifs beaucoup plus ambitieux. En quatre ans, l’administration a recruté 21 femmes de plus dans les classes 30 à 38. «A ce rythme-là, il faudra près de trente ans pour ne serait-ce que se rapprocher de la parité, soit compter entre 300 et 350 femmes sur les quelque 700 postes de cadres supérieurs», calcule-t-elle. Selon elle, le Conseil fédéral doit avoir le courage de se montrer plus volontaristes. «Il faut placer la barre à 40% pour la prochaine législature.»

Un avis que partage la philosophe politique Katja Gentinetta. «La vraie parité, ce serait 50% de femmes à tous les échelons de la hiérarchie», rappelle-t-elle. Ce n’est probablement pas possible et même pas souhaitable dans un sens aussi strict. «Mais il faut viser assez vite un but proche des 40%. Sans un quota plus élevé de femmes, celles-ci devront toujours suivre des règles du jeu traditionnellement masculines, règles qui empêchent beaucoup de femmes d’y entrer.»

Bien qu’étant libérale, Katja Gentinetta se déclare favorable à des quotas: «Nous discutons de ce thème de la parité depuis des décennies sans avoir fait de progrès significatifs.» La philosophe prône de fixer des buts clairs et un plan d’action dans chaque département. Par exemple en imposant la parité lors de toutes les étapes du processus des recrutements, notamment dans les listes restreintes de candidats. «Ce n’est qu’ainsi qu’on parviendra à un taux plus élevé de femmes aux postes de cadres supérieurs», conclut-elle.

Ueli Maurer: «Non à des buts irréalistes»

Trop visionnaire aux yeux d’Ueli Maurer, le patron des Finances et chef du département qui coiffe l’Office fédéral du personnel (Ofper). Plusieurs fois, celui-ci a souligné que «fixer des buts irréalistes ne servait pas la cause des femmes». Il faut d’ailleurs aussi tenir compte des conditions-cadres. «La situation financière tendue de la Confédération, avec l’arrêt des engagements ou même la réduction des postes, risque de rendre les nouveaux objectifs plus difficiles à atteindre», avertit-on à l’Ofper.

Ce dernier assure pourtant qu’il suit attentivement l’évolution de la situation. «Pour atteindre nos objectifs, il faut au moins qu’un poste de direction vacant sur deux précédemment occupés par un homme soit attribué à une femme. En outre, toutes les femmes cadres sur le départ doivent être remplacées par des femmes», précise-t-il.

L’espoir des femmes repose désormais sur le nouveau Conseil fédéral, où la présence féminine a été renforcée par l’arrivée de Viola Amherd et de Karin Keller-Sutter. C’est lui qui fixera, d’ici à la fin de l’année, les nouvelles valeurs cibles pour la prochaine législature.

Lire également:

Publicité