Ces prochains jours, quelques gendarmes et des agents de la police communale surveilleront la sortie des classes à Bulle. A court terme c'est le meilleur moyen que les autorités ont trouvé pour endiguer un phénomène à répétition: l'éclatement de bagarres entre adolescents suisses et étrangers à la sortie de l'école.

Les choses se sont envenimé mardi vers 16 h 30 à la rue du Château-d'En-Bas lorsqu'une dizaine de Fribourgeois de 15 à 17 ans, domiciliés dans trois villages situés sur la rive est du lac de Gruyère, se sont affrontés à un groupe de Kosovars et de Portugais du même âge. La violence des coups assénés avec des barres de fer a endolori les chairs et fait voler les dents.

Une plainte a été déposée par les parents d'un adolescent de nationalité suisse. D'autres devraient suivre. Des dénonciations à la justice pour coups et blessures seront très certainement faites ces prochains jours. Les premiers éléments de l'enquête policière ne permettent pas encore de déterminer les causes exactes de la bagarre, mais le racket semble exclu.

Cette violente altercation n'est pas isolée. C'est la troisième du genre en quelque mois. Les affrontements, entre deux petits groupes qui se nomment «les Kosovars» et «les Rochois», ont lieu sur le parcours menant les adolescents de l'école à la gare. Le centre scolaire regroupe près de 2000 élèves provenant de très nombreux villages du sud du canton, dont celui de La Roche situé à une vingtaine de kilomètres.

Tout laisse supposer que la petite localité campagnarde de Bulle, forte de quelque 10 200 habitants, est confrontée, comme les centres urbains plus importants, à une montée de la xénophobie entre jeunes, et à la banalisation de la violence. A l'évocation de ce fait divers, un adolescent fribourgeois réagit en spectateur passif. «Qui a gagné? Les Kosovars ou les Suisses?», demande-t-il sans s'étonner de l'éclatement de la bagarre.

«Nous faisons continuellement de la prévention contre la violence, constate une enseignante du cycle d'orientation de Bulle. Mais nous ne pouvons rien contre la violence malsaine diffusée par la télévision et les cassettes vidéo. Les jeunes s'habituent à l'horreur alors que de nombreux parents ont démissionné.» Un professeur d'un autre établissement de la ville tient à dédramatiser la situation: «Nous avons mis en place un système de médiateurs. La Gruyère est une région paisible.» Le responsable de la cantine du centre scolaire se dit «étonné». «Je n'ai pas de problèmes de disputes lorsque des groupes de 250 adolescents de toutes nationalités mangent ensemble.»

«Le climat n'est pas mauvais, poursuit Denise Sonney, maîtresse de travaux manuels, mais je ressens de la lassitude chez certains adolescents suisses. Ils doivent se lever tôt et travailler dur avec leurs parents à la ferme alors que des étrangers sont entièrement pris en charge par la Croix-Rouge.»

André Ntashamajé, Africain, conseiller communal en charge de la police bulloise, relève «la nouveauté du problème». «Il faut sensibiliser la population à l'acceptation de l'autre. Lorsqu'on accueille des gens, il faut leur donner les moyens de s'intégrer, par exemple par l'apprentissage rapide de la langue.» Le débat est lancé au cœur de la Gruyère…