Sion 2026

Pour Adolf Ogi, «le comité olympique doit revenir à la raison»

L’ancien conseiller fédéral estime que l’idéal olympique est menacé. Pour lui, la Suisse offre au CIO l’opportunité de concrétiser l’Agenda 2020 et ses jeux durables

Le parlement du sport a validé ce mardi la candidature aux Jeux olympiques du projet Sion 2026, qui réunit cinq cantons. Ancien conseiller fédéral et autrefois président malheureux de Sion 2006, Adolf Ogi juge que le Comité international olympique devrait saisir cette opportunité de concrétiser l’Agenda 2020, qui vise des jeux durables et raisonnables.

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Le Temps: Est-ce que le projet Sion 2026 peut séduire le comité olympique?

Adolf Ogi: Oui! Cette candidature sert les intérêts du CIO. Les prochains Jeux d’hiver auront lieu en Corée du Sud et les suivants ont été attribués à Pékin. Ces manifestations n’incarneront pas l’idéal olympique et le CIO peine à justifier ces choix. Il doit désormais montrer qu’il entend respecter l’Agenda 2020 et ses jeux raisonnables. La Suisse lui en donne l’opportunité.

- Vous aviez échoué face à Turin avec la candidature Sion 2006. Cet agenda suffira à inverser le verdict du CIO?

- Les représentants des sports d’été restent majoritaires dans l’institution. Mais je constate qu’en dehors de l’Agenda 2020, rien n’a changé ces vingt dernières années. Le comité olympique doit revenir à la raison et cesser ces excursions qui répondent à des intérêts économiques plus que sportifs. Il peut montrer que l’idéal de Pierre de Coubertin a encore une valeur. Pour ça, il doit prouver que l’Agenda 2020 peut se concrétiser.

- Malgré cet agenda, la Norvège a renoncé aux jeux d’Oslo parce qu’un manuel de 700 pages impose des conditions curieuses, comme des voies de circulation réservées aux délégués du CIO. Est-ce que vous faites toujours confiance au comité olympique?

- Je suis mal placé pour répondre à cette question parce que le CIO a refusé ma candidature. Mais le comité olympique se trouve face à un moment clé de son histoire et je pense qu’il faut lui laisser une chance de changer de politique. L’expérience de Sotchi devrait le pousser à revoir ses conditions, dans son propre intérêt. Il n’y a que deux candidatures pour les Jeux d’été 2024. Le CIO ne peut pas courir de risques s’il entend assurer l’avenir de la manifestation. La Suisse peut sauver l’idéal olympique.

- Pour vous, l’intention d’organiser des jeux raisonnables est bien réelle?

- Elle reste encore à démontrer. La prochaine décision interviendra en 2019. Elle concernera à nouveau la Suisse et elle apportera une réponse à cette question. Je pense que le CIO attribuera les Jeux à l’Europe, mais je ne sais pas quel pays il choisira.

- Stockholm et Innsbruck ont aussi manifesté leur intérêt…

- Pour gagner, il faut prendre la concurrence au sérieux. Les candidatures européennes sont les plus menaçantes pour la Suisse. Innsbruck peut proposer une manifestation durable mais elle a déjà organisé deux fois les Jeux olympiques. J’ai plus de réserves pour Stockholm, qui ne bénéficie pas d’une piste de descente, et qui devrait proposer des sites très dispersés.

- En suisse, cinq cantons sont concernés. Faut-il organiser une votation populaire rapidement, au moins en Valais?

- C’est une question politique et je laisserai les organisateurs y répondre. Les jeux nécessitent l’enthousiasme de la population et il y a encore beaucoup de citoyens à convaincre. Pour Sion 2006, nous avions le peuple avec nous. Jusqu’ici, je crois que les gens qui portent la candidature de Sion 2026 n’ont pas commis d’erreur.

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