finance

Adolf Ogi pourrait être inquiété pour ses liens avec le financier déchu Allen Stanford

L’ancien conseiller fédéral siégeait au conseil consultatif de cet empire frauduleux, disparu en 2009 en laissant un trou de 7,1 milliards de dollars

Cela devait être une célébration sans nuages pour le plus sympathiques des anciens conseillers fédéraux. Le 26 juin prochain, Adolf Ogi et son éditeur Ringier invitent le gratin des médias suisses dans son fief de Kandersteg pour fêter son 70e anniversaire – et la parution de sa biographie autorisée.

Mais le livre passe sous silence un épisode qui pourrait quelque peu gâcher la fête: l’association de l’ancien président de la Confédération avec Allen Stanford, financier américain reconnu coupable de fraude. Début 2009, alors qu’Adolf Ogi siégeait au conseil consultatif de son groupe, celui-ci s’est effondré en laissant des pertes de quelque 7,1 milliards de dollars – le plus gros scandale de ce type après l’affaire Madoff. Et l’ancien conseiller fédéral UDC pourrait bientôt devoir rendre des comptes à ce sujet.

Trois ans après la débâcle, les procédures battent en effet leur plein pour indemniser les victimes. Quelque 200 millions de francs ont été bloqués en Suisse. Le liquidateur désigné par la SEC, le gendarme financier américain, a déposé plainte contre plusieurs membres du «conseil consultatif international» du groupe Stanford. Il réclame ainsi le remboursement de 150 000 dollars d’honoraires à l’ancien ministre mexicain des Affaires étrangères, Jorge Castañeda, qu’Adolf Ogi a côtoyé lors des réunions du conseil organisée à Wall Street.

Le Bernois n’est pour l’instant pas visé par ces procédures. Ce qui ne signifie pas qu’il soit hors de cause. «Il est absolument possible qu’il doive rendre des comptes sur ce qu’il a touché du groupe Stanford, au même titre que tous ceux qui auraient touché des honoraires provenant de fonds détournés sans fournir de contre-prestation adéquate», déclare au Temps l’un des avocats chargés de pister les fonds du groupe Stanford. «Il pourrait être l’objet de procédures en Suisse, aux Etats-Unis ou à Antigua», où le groupe Stanford était domicilié.

Les membres du conseil consultatif touchaient en moyenne 10 à 15 000 dollars par trimestre, et des bonus parfois conséquents – les liquidateurs demandent ainsi 2,47 millions de dollars à Luis Giusti, un spécialiste vénézuélien du pétrole.

Interrogé à ce sujet, Adolf Ogi reconnaît avoir été «rémunéré» pour avoir assisté à «trois ou quatre séances, d’ailleurs très intéressantes», du conseil de surveillance de la société. «Je ne me rappelle plus combien j’ai touché», précise-t-il. Ses voyages à New York étaient payés par l’entreprise. «A l’époque, personne ne pouvait savoir que Stanford était en difficulté, ajoute Adolf Ogi. Toutes les portes s’ouvraient devant lui. Et nous, au conseil de surveillance, n’avons jamais eu la possibilité d’influencer sa politique, ou de prendre une décision.»

Selon les autorités américaines, le fonctionnement du groupe était basé sur la tromperie – les clients croyaient investir dans des placements sûrs –, une comptabilité truquée et la corruption de fonctionnaires à Antigua. Seule une poignée de dirigeants savait que le groupe n’était qu’une pyramide frauduleuse, l’argent des nouveaux clients servant à verser des intérêts artificiellement élevés aux anciens.

En nommant Adolf Ogi dans son conseil, en avril 2008, Allen Stanford avait estimé que «l’ancien président suisse» permettait à son groupe de «renforcer sa motivation». Le Bernois, lui, s’était dit «fier» de rejoindre une organisation qui se consacrait à «aider les individus à faire des plans pour leur avenir».

Les membres du conseil consultatif touchaient 10 à 15 000 dollars par trimestre, et parfois de gros bonus

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