Entraînée par Christoph Blocher, l'UDC menace de dériver dans l'opposition et son conseiller fédéral Adolf Ogi se trouve dans une situation de plus en plus inconfortable. Rudolf Zesiger, président de la section cantonale bernoise opposée aux thèses blochériennes, fait part de ses inquiétudes.

Le Temps: Selon un sondage publié dimanche, une majorité de la population souhaite qu'Adolf Ogi reste au Conseil fédéral, quitte à ce qu'il continue sous une autre bannière que celle de l'UDC. Qu'en pensez-vous?

Rudolf Zesiger: Nous sommes très fiers qu'il obtienne un tel appui auprès de la population. Il est important pour l'UDC suisse que son conseiller fédéral ait une aussi bonne image. Les membres du parti doivent comprendre qu'il n'est pas indiqué de l'attaquer. Je souhaite donc qu'Adolf Ogi reste au Conseil fédéral et qu'il ne quitte pas le parti. Il représente les racines de l'UDC bernoise, qui a une longue expérience gouvernementale. Si Adolf Ogi devait se retirer du gouvernement, je crois que l'UDC en resterait exclue. Ce serait une catastrophe pour tous ceux qui se sentent bien dans une UDC gouvernementale.

– Sous la houlette de Christoph Blocher, l'UDC nationale se profile toujours davantage comme un parti d'opposition. L'UDC bernoise peut-elle s'identifier à cette dérive?

– Nous avons déjà souvent marqué nos différences, mais nous ne voulons pas divorcer de l'UDC suisse. Nous voulons défendre nos idées au sein de ce parti. D'autre part, je crois que les nouvelles sections cantonales de l'UDC devront aussi définir leur position. Prenez le cas de Lucerne: l'UDC y a acquis une dimension telle qu'elle ne peut plus être un simple parti d'opposition. J'espère que cela contribuera à changer l'état d'esprit du parti suisse.

– Mais tout de même, la section bernoise a marqué son désaccord sur des questions importantes et elle n'approuve pas non plus l'initiative populaire qui réclame que le peuple soit consulté sans prendre l'avis du Conseil fédéral et du parlement…

– C'est exact. Les parlementaires bernois et les membres UDC du gouvernement cantonal ont pris position contre cette initiative. Nous allons la combattre. Il est antidémocratique de vouloir exclure le parlement et le Conseil fédéral du processus d'examen d'une initiative populaire.

– L'UDC bernoise est-elle unie? Certaines de ses sections rurales ne sont-elles pas sensibles aux thèses de Christoph Blocher?

– Ce n'est pas parce que Christoph Blocher a fait salle comble lorsqu'il est venu parler à Huttwil, dans l'Emmental, qu'il faut en conclure qu'il y a un mouvement pro-Blocher au sein de l'UDC bernoise. Certaines personnes présentes étaient simplement venues parce que c'était un show. Nous sommes un parti gouvernemental et plus de 200 communes du canton sont présidées par un représentant de notre parti. Il n'est donc pas question pour nous de jouer un rôle d'opposition.