Tout à la fois militant et mémoire du radicalisme valaisan, Adolphe Ribordy, 70 ans, s’exprime sur la défaite électorale de dimanche, qui a vu le PLR perdre le siège qu’il occupait sans discontinuer depuis 1937 au gouvernement valaisan.

Le Temps: La perte de ce siège, cela doit être grave pour un vétéran du radicalisme valaisan comme vous...

Adolphe Ribordy: C’est dur pour un parti qui a la vocation de participer au pouvoir. Mais cette déception a des causes multiples. Il y a eu une une alliance tacite pour soutenir les sortants qui se sont engouffrés dans la faiblesse que le PLR a montrée au premier tour. Au second, le PDC a donné un mot d’ordre tacite de ne pas voter pour nous. Quand il faut choisir entre un socialiste et un radical, les PDC votent radical. L’offre s’étant étendue, ils ont préféré voter pour l’UDC et pour une femme, de gauche mais non dogmatique, afin de donner une leçon aux radicaux.

– Le choix initial d’un mauvais candidat n’annonçait-il pas la défaite?

Il est difficile de refaire l’histoire. Christian Varone était a priori un homme bien et un bon candidat. Le duel Freysinger-Varone, deux hommes de la même commune, a joué de tout son poids. Il est vrai aussi que les électeur n’aiment pas les éléments de doute et un changement de candidat est toujours problématique. Il est très dur de remonter.

– Les radicaux ont longtemps été tenus pour un indispensable contre-poids à la puissance du PDC. Leur utilité ne faiblit-elle pas en même temps que le parti majoritaire?

Le PLR va poursuivre sa contribution à la normalisation du Valais sur le plan politique. C’est cela notre stratégie de fond, contre la majorité absolue et le clientélisme. Le PDC vient de perdre Isa majorité absolue au Grand Conseil. Je pense qu’il perdra sa majorité au gouvernement dans quatre ans, huit ans au plus tard. Deux PDC, 1 PRL, 1 socialiste et 1 UDC, c’est ce qui donnerait au Valais un exécutif conforme à son électorat. Mais de toute façon, le peuple n’a pas réagi sur ce type d’analyse, il a voté pour Freysinger, qui est la mode du moment.

– Comment expliquez-vous son triomphe?

D’abord, les Haut-Valaisans l’ont perçu comme l’un des leurs. Il a fait un tabac dans le Haut comme dans le Bas, alors que Léonard Bender ne récolte que 3000 voix dans le Haut. Ensuite, l’UDC a gagné en force, avec désormais 20 élus au parlement cantonal. Les enseignants, qui craignent pour leur statut, tiennent aussi pour lui. Je lui souhaite bien du plaisir au gouvernement. Les sujets sur lesquels il a fait campagne sont des problémes marginaux chez nous. Le Valais est l’un des cantons les plus sûrs de Suisse. Et les Haut-Valaisans veulent du concret, pas de l’idéologie!

– S’en prendre durant la campagne en même temps à la majorité du PDC et à la minorité haut-valaisanne, qui serait surreprésentée, c’était beaucoup de cibles à la fois...

C’est possible. Pour le Haut-Valais, le risque s’est concrétisé. Le Conseil d’Etat pourrait siéger en allemand! Avec le chancelier Spoerri, cela fait quatre germanophones sur six. Le PLR ne siégera plus au gouvernement, alors qu’il représente 25% des électeurs. Avec un pourcentage semblable, le Haut-Valais a deux élus, tandis que le PDC, qui représente 36% des élus, a trois conseillers d’Etat. Mais le plus important est que la classe politique cesse de s’occuper avant tout de la représentation de telle région ou telle clientèle. Ces temps, toutes les décisions viennent de Berne. Il y avait eu la Lex Koller, voici la Lex Weber, la LAT et maintenant l’initiative du PSS pour imposer les successions, qui risquerait d’obliger le canton a introduire un impôt dont il ne veut pas. La priorité de l’heure me parait être de défendre le Valais en général.