Vaud

Les ados se bagarrent moins dans la rue

Une étude décrypte les comportements des jeunes de 15 ans dans le canton de Vaud. Les mineurs peuvent se montrer violents en couple

Les ados se bagarrent moins dans la rue

Délinquance Une étude décrypte les comportements des jeunes de 15 ans dans le canton de Vaud

Les mineurs peuvent se montrer violents en couple

Les adolescents se bagarrent moins dans la rue qu’il y a dix ans, mais, dans l’intimité, garçons et filles peuvent se montrer brutaux entre eux. C’est le constat d’une étude sur la violence chez les jeunes, réalisée à Lausanne par l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive (IUMSP) du CHUV et à Zurich par l’EPFZ.

Le volet zurichois de l’enquête a déjà été présenté début mai (LT du 6.5.2015). De premiers résultats vaudois ont été dévoilés jeudi à Lugano à l’occasion de la Conférence nationale Jeunes et violence, qui réunit 300 experts dans le domaine de la prévention jusqu’à vendredi.

Comme du côté alémanique, les données récoltées auprès d’écoliers lausannois de 15 ans montrent une diminution de la violence des jeunes dans l’espace public ces dix dernières années. Dans la capitale vaudoise, entre 2004 et 2014, on observe une baisse de 28% des lésions corporelles et de 40% des brigandages, comme le racket. Une tendance confirmée par la statistique policière de la criminalité suisse.

Les chercheurs avancent deux hypothèses pour l’expliquer: d’une part, les mineurs sont moins souvent dehors qu’avant. «Ils sont passés d’un espace social physique à un espace social virtuel», observe Denis Ribeaud, sociologue, auteur de l’enquête zurichoise. L’usage des réseaux sociaux modifie les comportements des jeunes durant leur temps libre: moins de sorties dans des concerts, des bars ou dans les magasins. «Ce qui ne signifie pas qu’ils s’isolent pour autant. Ils interagissent sur Internet.» D’autre part, aussi bien à Zurich qu’à Lausanne, les autorités ont renforcé la présence policière au centre-ville. Autre facteur assagissant: les jeunes consomment moins d’alcool.

Une étude d’Addiction Suisse le montrait en mars: un écolier de 15 ans sur dix boit de l’alcool au moins une fois par semaine. Ils étaient plus de trois sur dix (32,7%) en 2002. Chez les filles du même âge, ce chiffre est passé de 22% à 5,7% entre 2002 et 2014. La fondation active dans la prévention des addictions relève elle aussi le rôle des réseaux sociaux dans les changements d’habitudes des jeunes et leur désintérêt croissant à l’égard de l’alcool et du tabac. Passant plus de temps devant un écran (en moyenne trois heures par jour), les écoliers restent plus souvent à la maison.

Pour la première fois, l’étude sur la violence des jeunes, basée sur le sondage de 546 élèves en 2004 à Lausanne, puis élargie à 2665 élèves dans l’ensemble du canton en 2014, se penche sur les relations de couple entre adolescents. De manière générale, les violences sexuelles (abus, viol, harcèlement) restent stables à Lausanne: 9% des jeunes en ont été victimes une fois dans leur vie. En revanche, les chercheurs relèvent que les auteurs d’agressions sexuelles sont «de moins en moins souvent des personnes plus âgées issues du cercle familial, mais plus souvent des pairs du même âge, ou légèrement plus âgés».

Autre constat: souvent les jeunes ne sont pas tendres dans leurs rapports amoureux. La moitié des adolescents en couple interrogés admettent des dérives jalouses qui les poussent à surveiller leur partenaire et à limiter ses contacts avec d’autres personnes.

Les garçons se disent plus fréquemment victimes de violences physiques (coups, gifles, morsures, griffures, bousculades) que les filles (16% contre 13%). Mais ces dernières subissent plus souvent des agressions sexuelles de la part de leur partenaire (13% contre 5% des garçons).

Plusieurs facteurs renforceraient l’agressivité entre jeunes partenaires, relèvent encore les chercheurs: la consommation de pornographie, de films ou de jeux vidéo violents et le fait d’avoir été soi-même victime de maltraitance de la part de parents, mais aussi les conceptions antiégalitaires (penser que l’homme doit se montrer fort et la femme rester à la maison).

«Les jeunes se révèlent plus machistes et conservateurs en 2014 qu’en 2004. Ils sont certainement influencés par la structure encore très traditionnelle de la société et le fait que les postes influents dans les sphères économiques et politiques sont encore tenus en majorité par des hommes», souligne Sonia Lucia, auteure de l’étude, responsable de recherche à l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive du CHUV. La chercheuse plaide pour que, en plus des programmes de prévention autour de l’alcool et du tabac, les écoles sensibilisent les jeunes à l’égalité entre les sexes. Dans le canton de Vaud, un projet pilote pour prévenir la violence lors des premières relations amoureuses, «Sortir ensemble et se respecter», destiné aux écoles et centres de loisirs, est en cours d’évaluation.

Enfin, les chercheurs s’intéressent à la cyberviolence et relèvent que près de la moitié (45,8%) des écoliers interrogés dans le canton de Vaud ont reçu un message insultant ou des menaces sur Internet au cours des douze derniers mois. Les insultes se sont transformées en harcèlement (au moins une fois par semaine) pour un petit nombre d’entre eux seulement (4%). Mais pour ces derniers, en général agressés autant dans la cour de récréation que sur Internet à la maison, la violence est particulièrement intense et peut avoir de graves conséquences.

«Les jeunes se révèlent plus machistes et conservateurs en 2014 qu’en 2004»

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