Vaud

Les adversaires du pôle muséal à Lausanne veulent stopper le rouleau compresseur officiel

Le Conseil d’Etat sollicite plus de 43 millions pour le projet sur le site de la gare CFF

Les adversaires du pôle muséal à Lausanne veulent stopper le rouleau compresseur officiel

Vaud Le Conseil d’Etat sollicite plus de 43 millions pour le projet sur le site de la gare CFF

Les adversaires du projet de musées sur le site de la gare CFF à Lausanne sont «décidés» à barrer la route aux autorités. La décision du Conseil d’Etat, communiquée ce lundi, de demander au Grand Conseil des crédits de 43 millions de francs en faveur du futur pôle muséal ne freine pas leur détermination, au contraire. Christian Campiche, membre du comité du Collectif Gare, fer de lance de l’opposition, assure qu’ils mèneront le combat aussi loin que nécessaire.

Comme promis, indique le journaliste riverain de la halle CFF où devrait surgir la plateforme consacrée aux beaux-arts, à la photo (Elysée) et au design (Mudac), un recours au Tribunal fédéral sera déposé le 13 janvier. C’est l’ultime démarche juridique associant le collectif et un regroupement d’habitants. En cas d’échec face aux juges de Mon-Repos, les frondeurs évalueront l’opportunité de lancer un référendum contre un projet qui prévoit la démolition d’un immeuble classé.

En attendant le verdict, les conseillers d’Etat Anne-Catherine Lyon et Pascal Broulis aux côtés de Daniel Brélaz, syndic de Lausanne, et d’un représentant des CFF, ont présenté aux médias les prochaines étapes. Les autorités, qui ont déjà engagé 13,8 millions, sollicitent un crédit d’ouvrage de 30,63 millions pour le Musée des beaux-arts devisé à 83,5 millions. La Ville de Lausanne injectera 5 millions. Les privés, de leur côté, apporteront 34 millions. Actuellement, près de 26 ont été engrangés. Le bâtiment devrait être inauguré en 2017.

Le Conseil d’Etat demande en outre un crédit de 12,95 millions destiné aux études et aux concours d’architecture pour le Mudac et l’Elysée. Le coût de l’opération est estimé à 100 millions, dont 40 partagés entre le canton et les privés. Les 20 millions restants seront à la charge de Lausanne. L’ensemble verra le jour après 2020. Enfin, un troisième crédit de 400 000 francs nourrira la réflexion au sujet de l’avenir du Palais de Rumine après le départ des Beaux-Arts.

Or, c’est contre ce programme que s’insurgent un certain nombre de résidents du quartier, le Collectif Gare ainsi que le Mouvement de défense de Lausanne. Même si l’organisation qui se voue «à la sauvegarde du patrimoine de la ville de Lausanne», n’est pas partie prenante au recours auprès du Tribunal fédéral.

La Riponne en cause

Les opposants exigent que les Beaux-Arts restent à la place de la Riponne, là où le musée est installé depuis 1967. Ils poursuivent ainsi le combat des instigateurs du référendum qui avait anéanti en 2008 une première tentative de déménagement au bord du Léman. Même si les protagonistes ont changé, le dessein reste le même: déplacer les collections du Palais de Rumine, trop étriqué, vers un nouveau bâtiment à édifier sur l’esplanade au centre-ville dont «la désertification» désole Christian Campiche. A la suite du non populaire, ce dernier rappelle qu’une commission d’experts avait proposé, parmi plusieurs sites aux quatre coins du canton, de retenir la Riponne et la halle CFF, avec une préférence pour la Riponne. Le gouvernement avait cependant opté pour la gare afin de conjurer les polémiques passées. Malgré l’hostilité à l’égard de ce choix «politique», les autorités cantonales ne comptent pas faire marche arrière. «Les lieux ne s’y prêtent pas», ont-elles réaffirmé lundi.

Fort de sa conviction, le Conseil d’Etat avance ainsi tambour battant «sans véritables interrogations sur ses enjeux urbains, financiers, environnementaux et patrimoniaux», déplore Christian Campiche. Depuis le choix du nouvel emplacement en 2009, les événements se sont enchaînés: désignation d’un projet architectural, enquête publique, recherches de fonds privés, donations. Les trois partenaires impliqués – canton, Ville de Lausanne et CFF – ont médiatisé chacune de ses étapes. Jusqu’à aujourd’hui, les opérations ont bénéficié d’un climat plutôt consensuel.

Ce lundi, la conférence de presse n’a pas failli à la règle: entretenir et renforcer l’adhésion au pôle muséal. Un deuxième insuccès condamnerait pendant longtemps tout espoir de nouveau musée.

Confronté à un tel rouleau compresseur, «l’absence de débat public» préoccupe le collectif, qui veut encourager une approche critique du développement urbain de Lausanne. Le groupe alimente un site web et tente par tous les moyens de faire entendre sa voix. Avec plus ou moins de réussite. Faute également de soutiens politiques, admet Christian Campiche. Encore que celui-ci a l’impression que la détermination des opposants renforce la crédibilité de leur combat auprès des autorités.

Le comité de cinq personnes, secondé par 80 sympathisants qui paient de leur poche toutes les procédures, se bat également contre l’extension en surface de la gare CFF. Il prône, comme à Genève, un développement souterrain de la station. Le collectif est d’ailleurs une «dissidence» d’une autre association qui défend les droits des locataires mis à mal par l’agrandissement prévu d’ici à 2025.

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