Convaincu que la redevance poids lourds liée aux prestations (RPLP) est nécessaire à l'aboutissement des négociations bilatérales et ne nuit pas aux intérêts de l'économie suisse, le chef du Département de l'économie (DFE) Pascal Couchepin s'engage dans la campagne. Il a ses amis politiques derrière lui: réuni samedi à Delémont, le Parti radical a clairement apporté son soutien à la RPLP, et cela dans un rapport de trois contre un.

Le Temps: L'économie est divisée à propos de la RPLP. Le Vorort la soutient, l'Union suisse des arts et métiers est contre. Qui a raison?

Pascal Couchepin: La RPLP est favorable à l'économie à condition que l'on en ait une vision synthétique. Il faut hiérarchiser les divers intérêts de l'économie suisse. Celle-ci a besoin aujourd'hui d'une meilleure intégration européenne et d'un système de transport performant. Cela doit primer sur toute autre considération et sur tout intérêt d'une branche particulière. Contrairement à ce qui se dit, la taxe ne crée aucune distorsion de concurrence, puisque les transporteurs étrangers et les transporteurs suisses paieront une charge identique. Et elle accompagne l'abandon de la limite des 28 tonnes, une mesure qui contribuera sans aucun doute à augmenter la productivité. Cela signifie que le coût réel pour les transports est infiniment moins élevé que ne le prétendent les adversaires de la taxe.

– Dans quelle mesure les PME profiteront-elles de la levée de la limite des 28 tonnes?

– Il est vrai que la situation varie de cas en cas. La taxe proportionnelle va certainement provoquer des mutations structurelles. Et, comme c'est toujours le cas lorsque de telles mutations se produisent, ce sont les chefs d'entreprise les plus dynamiques qui s'en sortiront le mieux. Ceux qui seront capables de s'adapter ont à mon avis toutes les raisons de se réjouir de l'introduction de cette taxe.

– La RPLP ne va-t-elle pas pénaliser les régions de montagne?

– Il est probable que ces régions auront plus de peine à s'adapter que les régions de plaine. Mais il faut voir le problème dans son ensemble. Les zones de montagne ont elles aussi intérêt à maintenir un équilibre entre les différents modes de transport. Elles n'ont donc aucun avantage à entrer dans le jeu des adversaires de la redevance, qui mènent une réflexion purement économique et ne tiennent pas compte des enjeux de la politique des transports ni de l'intégration européenne. Ils défendent les intérêts particuliers des gros transporteurs qui, eux, sont peu concernés par les problèmes des régions de montagne.

– Vous évoquez la question de l'intégration européenne. Il y a une divergence profonde entre partisans et adversaires de la taxe à ce sujet. Un refus le 27 septembre compromettrait-il les négociations bilatérales en cours?

– De toute évidence. Ceux qui prétendent le contraire n'ont aucun scénario de rechange crédible à proposer. Je rappelle que Christoph Blocher est l'un des fers de lance des adversaires de la taxe. Cela démontre assez clairement que la question européenne n'est pas leur premier souci. Et je crois que, contrairement à ce qu'ils prétendent, l'accord sur les transports conclu à Kloten a de bonnes chances devant les Etats membres de l'UE. Il faut bien être conscient que nous n'avons rien d'autre à proposer si nous voulons compenser l'arrivée des 40 tonnes sur nos routes.

– Dans ce dossier, vous montez au front avec Moritz Leuenberger comme il est lui-même monté au front avec vous pour défendre le génie génétique. Etes-vous en train de créer ensemble un nouveau pilier fort au sein du Conseil fédéral?

(Sourire) – Tous les conseillers fédéraux sont des piliers forts. Mais je ne suis pas honteux de dire que le pilier avec Moritz Leuenberger est particulièrement fort. Pourvu que ça dure…