Philippe Roch, une fois encore, s'attaque à un gros morceau. Le directeur de l'Office fédéral de la protection de l'environnement, des forêts et du paysage (OFEFP) a présenté mardi un projet de lutte contre le bruit provoqué par l'atterrissage et le décollage des aéronefs. Ce paquet de mesures, ficelé au sein d'une nouvelle Ordonnance sur la protection contre le bruit (OPB), vise à protéger les riverains des aéroports contre les nuisances et coûtera 1,1 milliard. «Nous ne fixons pas de limite d'immissions à la source. Nous proposons plutôt des mesures au second degré», complète Philippe Roch.

Ce projet d'ordonnance, qui est mis en consultation jusqu'au 15 septembre, établit un cadastre du bruit et fixe les valeurs limites d'immissions autorisées autour des aéroports. Ces valeurs sont, en moyenne, de 60 décibels dans les zones d'habitation le jour, et de 57 la nuit. Lorsqu'elles sont dépassées, ce qui est le cas à proximité immédiate des pistes de Kloten et de Cointrin, les exploitants devront financer la pose de fenêtres antibruit. Selon l'OFEFP, plus de 36 000 habitants sont concernés, ce qui représente un investissement de 150 millions, dont 50 autour de Cointrin, dans une zone longiligne allant de l'extrémité est du Mandement jusqu'à Versoix-Bourg.

En plus de cela, le projet veut empêcher de nouveaux conflits avec les riverains en étendant le périmètre dans lequel la construction d'habitations est interdite. Philippe Roch reconnaît que la Confédération empiète ainsi sur les compétences cantonales en matière d'aménagement du territoire. Mais il juge cette intervention nécessaire dans la mesure où elle élargira la marge de manœuvre pour l'exploitation des aéroports.

Ces restrictions déboucheront assurément sur d'importantes demandes de dédommagement de la part des propriétaires de terrains. Selon l'OFEFP, ces prétentions financières peuvent atteindre 940 millions de francs, soit 680 pour Kloten et 260 pour Cointrin. Dans ce dernier cas, le périmètre retiré à la construction de logements englobe les quartiers sud-est de Meyrin, le nord de Vernier, du Grand-Saconnex, de Bellevue et de Genthod, ainsi que toute la partie sud de Versoix, bourg compris.

Ces coûts seront en principe mis à la charge des aéroports. Directeur technique de celui de Cointrin, Roger Wuthrich pense que les usagers pourraient passer à la caisse: «Nous pouvons certes augmenter les surtaxes sur le bruit à l'atterrissage et sur les émissions nocives, mais cela risque de ne pas suffire. Nous devrons alors reporter cette charge sur les compagnies aériennes ou sur les passagers. Cela aura pour conséquence de rendre nos aéroports moins compétitifs», fait-il remarquer. Selon l'OFEFP, le prix du billet d'avion au départ de Cointrin ou de Kloten pourrait augmenter de 8 francs par unité.

Sur un autre plan, le projet d'OPB prévoit aussi de modifier la règle de circulation nocturne des avions. L'interdiction de décoller ou d'atterrir entre minuit et 5 heures du matin reste valable. Elle sera cependant écrite noir sur blanc dans l'ordonnance alors que, actuellement, elle n'est mentionnée que dans les concessions d'exploitation des aéroports (qui devront être renouvelées en 2001). Cela ne change donc pas grand-chose.

Ce qui est nouveau, en revanche, ce sont les atterrissages autorisés entre 22 heures et minuit et entre 5 et 6 heures du matin. Actuellement, seuls les vols de ligne sont admis à ces heures-là, et pas les charters. A l'avenir, ce n'est plus la nature du vol, mais le type d'appareil qui sera déterminant. «Cela ne nous gêne pas. La légende qui dit que les vols charters s'effectuent avec de vieux avions est dépassée», commente Roger Wuthrich. Concrètement, certains types de Boeing (par exemple les 727) seront «mis sous pression», selon l'expression utilisée par Samuel Wenger, en charge du dossier à l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC). Les long-courriers bénéficieront d'une réglementation plus souple. Samuel Wenger n'exclut cependant pas que, dans huit ou dix ans, les vols intercontinentaux fassent l'objet des mêmes restrictions.

Dans l'immédiat, la consultation qui s'ouvre ces jours promet de belles empoignades, notamment dans les cantons qui ont un aéroport. D'autant plus que, si Bâle-Mulhouse n'est pas concerné par le projet car les valeurs limites ne sont dépassées que sur territoire français, les aérodromes régionaux où circulent aussi des avions de ligne et des charters, en particulier Berne-Belp et Lugano-Agno, sont également touchés.