La Suisse n’a pas attendu pour réagir à la menace, même diffuse. Mardi, la taskforce de Fedpol mise en place lors des attentats de Paris et qui réunit tous les acteurs fédéraux a repris du service. Elle est en contact étroit avec la Belgique. «Les informations opérationnelles sont régulièrement transmises via nos canaux policiers. Pour l’instant, il n’y a aucune indication de liens avec la Suisse», explique Anne-Florence Debois, porte-parole de Fedpol.

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Le dispositif de sécurité a donc été renforcé. Dans les aéroports tout d’abord, internationaux comme les aérodromes régionaux. Mais concrètement «aucune précision ne sera fournie sur les mesures effectives mises en place et ce pour des raisons évidentes de sécurité», communique la police de Genève. Même si on imagine aisément des hausses de patrouilles. Le canton a aussi augmenté la visibilité des forces de sécurité autour de plusieurs lieux sensibles, notamment les gares, certains bâtiments relevant de la Genève internationale et d’autres lieux de rassemblement.

Dans les trains internationaux et les grandes gares, les contrôles ont aussi été renforcés, effectués par les corps de polices cantonaux et la police des transports CFF. Le dispositif des garde-frontières a également été adapté. Là encore, ce sont des raisons tactiques qui conduisent les autorités à observer le silence sur l’aspect opérationnel. «A Genève, on a renforcé ponctuellement le contrôle aux postes frontières routiers et à la gare», lâche Michel Bachar, porte-parole des douanes.

Pour le rédacteur en chef de la Revue militaire suisse, Alexandre Vautravers, «ces mesures sont conformes à l’attente de la population, qui demande une sécurité visible et forte». Mais sont-elles efficaces? «Oui, grâce à la doctrine du primo-intervenant en vigueur à Genève par exemple, qui permet désormais à un membre des forces de l’ordre aux prises avec un danger d’intervenir sur-le-champ, sans attendre l’intervention d’une brigade spécialisée. Une solution immédiate est parfois plus efficace qu’une intervention de spécialistes arrivant trop tard.» Mais la sécurité se joue aussi sur le plan de l’échange d’informations transnationales. Et là, ce n’est pas encore la panacée: «Si cet échange fonctionne bien dans le domaine judiciaire, il est loin d’être automatique entre services de renseignements, poursuit l’expert. Car une information sensible risque de brûler une source, ce qui place les services de renseignements dans un dilemme.»

Pour Alexandre Vautravers, on ne pourra pas s’épargner une autre question de fond: «Est-ce que l’Europe marche dans la bonne direction en dépensant des milliards d’investissements dans les quartiers sensibles et en politique de migrations, sans parler du politiquement correct et de l’aide au développement? On attend toujours de voir le résultat de ces mesures d’intégration. Beaucoup sont toujours dans le dogme ou le déni.»

Un déni qu’il identifie aussi dans le détail, anecdote à l’appui: la Confédération et les cantons viennent de décider du thème de l’exercice du Réseau national de sécurité qui aura lieu en 2019. Une occasion d’identifier les problèmes actuels: terrorisme, cyberattaque? Pas vraiment. Le scénario retenu est une panne de courant électrique provoquée par une action terroriste. «Une occasion manquée», conclut l’expert.