«L'an prochain, si nos militants le veulent, tu seras notre candidate au Conseil d'Etat, aux côtés du successeur de Martine Brunschwig Graf.» Les élections cantonales genevoises de l'automne 2005 sont encore assez lointaines. Pourtant, dans l'éditorial du numéro d'avril du Nouveau libéral, le président des libéraux, Olivier Jornot, vole au secours de Micheline Spoerri, cheffe du Département de justice, police et sécurité. Dans l'organe du parti, il lui apporte le plein soutien des siens. Du moins officiellement.

Cet éditorial est révélateur de deux constats. Premièrement, il confirme l'affaiblissement de Micheline Spoerri. La conseillère d'Etat libérale subit aujourd'hui encore les séquelles des débordements en marge du Sommet du G8 de juin 2003. De plus, dans le cadre de la révision de la loi sur la police, elle n'a pas toujours montré l'autorité qui sied au magistrat à la tête du département qui chapeaute l'institution policière. Enfin, la réforme des Offices des poursuites et faillites (OPF), menée dès le début de 2002, est pour l'heure un cinglant échec. Selon un récent rapport de la Commission de surveillance des OPF, les dysfonctionnements persistent. La ministre a d'ailleurs dû réactiver le groupe de pilotage de la réforme. Enfin, ce soutien intervient avant la publication du rapport d'experts sur le G8, dont les conclusions pourraient être explosives.

Deuxièmement, il prouve la volonté du Parti libéral de «resserrer les boulons» à l'interne. Depuis quelque temps, les langues libérales ont commencé à se délier pour envisager d'écarter la conseillère d'Etat sortante des élections de l'an prochain. Trop affaiblie, selon elles, elle mettrait en danger la représentation libérale au gouvernement. D'autant que l'autre conseillère d'Etat libérale, Martine Brunschwig Graf, parallèlement conseillère nationale, a promis qu'elle ne se représenterait pas. C'est ce que ces militants libéraux appellent le «syndrome Ramseyer». Preuve que ce syndrome n'est pas qu'une idée de l'esprit: Olivier Jornot n'hésite pas à accabler l'ancien conseiller d'Etat radical Gérard Ramseyer, prédécesseur de Micheline Spoerri au Département de justice et police, pour démontrer qu'elle n'est pas de la même trempe. «Le Parti libéral souhaite ainsi éviter une «ramseyerisation», une stigmatisation de la personne de Micheline Spoerri», relève un membre de l'Entente bourgeoise.

Par son soutien presque dithyrambique, le président des libéraux entend protéger implicitement son parti d'un autre danger: celui du «syndrome Haegi», du nom du conseiller d'Etat sortant Claude Haegi, écarté des élections au profit de Michel Balestra en 1997. Une affaire qui avait provoqué une crise majeure au sein du parti. La stratégie pour les élections 2005 apparaît dès lors clairement. Sauf crise politique majeure, Micheline Spoerri sera candidate à sa réélection aux côtés d'un candidat nouveau. De plus, la volonté de la direction du parti est de conserver les deux départements en ses mains actuellement: celui des Finances et celui de Justice et police. Micheline Spoerri conserverait ce dernier, et les papables pour le premier sont nombreux: si certains noms circulent – le maire de Cologny, Jean Murith, le président de la Chambre de commerce, Michel Balestra, l'ex-conseillère nationale Barbara Polla et le futur maire de Genève, Pierre Muller –, ce sont surtout les députés Renaud Gautier, Pierre Weiss et Mark Muller qui sont pressentis pour succéder à Martine Brunschwig Graf.

En novembre 2005, les places au Conseil d'Etat seront chères. Les libéraux, qui ont perdu leur place de premier parti cantonal lors des dernières élections fédérales au profit de l'UDC, n'auront en tout cas pas la tâche facile pour maintenir leurs deux sièges. D'autant que le plus grand danger, selon un député de la droite, «ce sont les rumeurs qui circulent à l'intérieur même du parti».