La Gaceta, le journal officiel du Nicaragua, a annoncé mercredi 1er juillet 2015 en page 2 «l’annulation de la nomination du Docteur Carlos Robelo Raffone au titre d’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République du Nicaragua pour la Confédération Helvétique», poste qu’il occupait depuis octobre 2010.

Aucune explication n’a été apportée à cette révocation. Mais le site d’information en ligne Confidencial établit un rapport entre le rappel du diplomate et l’affaire des frères B. et S., âgés de respectivement 30 et 35 ans, deux Genevois, qui ont eu des démêlés avec Carlos Robelo Raffone.

Poursuivis

Rappel des faits rapportés par Le Temps le 11 novembre 2014. Les deux frères établis dans la capitale Managua où ils ont ouvert un restaurant fuient le pays le 31 octobre 2014 dans une barque et rallient les plages du Costa Rica toutes proches. Leurs vies sont en danger, la police des frontières est à leurs trousses, leurs photos sont placardées. «Le Nicaragua est plein d’histoires de disparitions», témoignait S. Ils craignent avant tout Carlos Robelo Raffone, leur ami devenu leur ennemi.

Ils se sont rencontrés à Genève. Les frères voulaient investir au Nicaragua, l’ambassadeur leur a prodigué des conseils et a même proposé de devenir leur partenaire. En 2013, El Gusto ouvre et prospère rapidement. Le restaurant devient une adresse réputée et très fréquentée. Ce qui semble contrarier l’ambassadeur qui n’est pas majoritaire dans l’affaire. Les relations se détériorent. Carlos Robelo Raffone, qui passe autant de temps à Genève qu’à Managua, multiplie les esclandres en salle, son épouse invite des amis et ne paie pas.

Accusés de blanchiment

Le 27 octobre 2014, l’ambassadeur se rend à El Gusto avec deux policiers et expulse les deux Suisses. «Il a laissé entendre que nous blanchissions de l’argent dont la source était un réseau de prostitution en Suisse. Il nous a même accusés de vouloir développer une industrie de la prostitution à Managua. Que des inventions!» s’insurge B.

On leur signifie que leur visa est annulé et qu’ils ont cinq jours pour quitter le pays. «Mais la crainte était une mise en prison, voire pire. Les Raffone sont une famille très influente au Nicaragua, aux mœurs pas toujours recommandables. Nous avons donc fui, d’autant qu’un diplomate étranger nous a avertis que nous pouvions nous faire tuer.»

Ils partent incognito, laissant tout derrière eux, leur maison, biens, véhicules et même deux chiens. En Suisse, l’infortune des deux frères fait grand bruit. Interrogé à l’époque par Le Temps, Carlos Robelo Raffone réitère ses accusations à leur encontre.

L’ambassadeur renvoyé

La décision des autorités nicaraguayennes de mettre fin à la fonction d’ambassadeur de M. Raffone, mais aussi à celles de représentant à l’ONU pour les droits de l’homme et de représentant auprès de l’Organisation mondiale du commerce, à Genève, est perçue par les avocats des frères comme une première sanction.

Ils estiment que les pressions exercées discrètement par le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) ont pesé dans cette triple mise à l’écart. Le DFAE ne confirme aucuns pourparlers avec Managua à ce sujet mais déclare laconiquement que «l’Ambassadeur Robelo Raffone a quitté la Suisse».

La représentation diplomatique nicaraguayenne à Genève n’a pas donné suite aux sollicitations du Temps. Les frères, qui se sont réinstallés en Suisse, vont réclamer justice et réparation «car M. Raffone n’est plus protégé par son immunité». S. indique: «Je travaille dans la finance et je ne trouve plus d’emploi car des propos publiés selon lesquels je serais un proxénète nuisent à ma carrière. Nous allons l’attaquer pour diffamation afin de laver notre honneur sali.»

Un groupe de soutien à Managua composé notamment d’avocats est habilité à les représenter devant la justice nicaraguayenne. Les frères, eux, ont décidé de ne plus remettre de sitôt les pieds dans ce pays qu’ils continuent à aimer et où ils disent avoir beaucoup d’amis.

 

Modification du 7 juillet 2016: l'article a été anonymisé à la demande des deux frères, blanchis par la justice