De graves soupçons de blanchiment d'argent lié au trafic de drogue pèsent sur Peter Friederich: tels sont les considérants qui ont poussé le Tribunal fédéral (TF) à accepter la prolongation, jusqu'au 15 août, de la détention de l'ambassadeur suspendu. Dans un document de cinq pages publié mercredi, le TF justifie avec moult détails l'acceptation, le 23 juillet, de la requête du Ministère public de la Confédération (MPC) déposée huit jours plus tôt. Une prolongation de détention est motivée si des présomptions graves de crime ou délit persistent et s'il existe des circonstances déterminées qui laisseraient craindre que l'inculpé ne veuille détruire les traces de l'infraction ou induire les témoins et coïnculpés éventuels à faire de fausses déclarations, ou compromettre de quelque autre façon le résultat de l'instruction. Depuis la prolongation de la détention, l'enquête avance à grands pas: le 31 juillet, le MPC a confirmé être en train d'auditionner la personne qui aurait remis les fonds douteux à Peter Friederich «pour les soustraire au fisc», mais sans en dire davantage. Selon nos informations, les interrogatoires se seraient déroulés en Espagne.

Le MPC avait précisément motivé sa requête par le besoin de vérifier les récentes affirmations de l'inculpé selon lesquelles une partie de l'argent litigieux proviendrait d'un certain Y. et que les transactions avaient pour but l'évasion fiscale. Une thèse toutefois peu crédible aux yeux des juges de Mont Repos puisque les fonds – d'une valeur de 1,1 million de francs – ont très rapidement été transférés sur d'autres comptes, en différentes devises et en petites coupures. Le versement en livres sterling était par exemple composé de 5492 billets de 10£ et de 6885 coupures de 20£, rappelle le TF. Plus troublant: les principaux bénéficiaires de ces transferts sont connus des autorités de poursuite pénale pour avoir un lourd passé en relation avec le trafic de stupéfiants, confirme le document. Des sources proches du dossier estiment qu'il s'agit des ayants droit des sociétés du «fiduciaire» Y. L'intimé continue de son côté à contester le bien-fondé des accusations pour blanchiment d'argent dirigées à son encontre ainsi que le risque de collusion. Il prétend fermement avoir cru traiter de l'argent «défiscalisé» et a invoqué en vain son immunité diplomatique.

Peter Friederich s'est également plaint du fait que l'exécution des mesures d'enquêtes – et en particulier de la commission rogatoire adressée à l'Espagne pour entendre Y. – va «prendre du temps en pleine période de vacances». Les investigations auraient toutefois avancé plus rapidement si l'intimé avait d'emblée dit la vérité sur l'origine des fonds litigieux, soulignent les juges de Mon-Repos. Peter Friederich a en effet menti le 8 juillet, jour où lui a été signifié son mandat d'arrestation: il a déclaré que l'argent déposé provenait de la vente d'objets d'art lui appartenant, avant de revenir en partie sur ses déclarations le 15 et admettre avoir établi de faux justificatifs sur la provenance des fonds pour cacher le nom des acheteurs et «éviter qu'ils ne paient des impôts». Et c'est précisément le 15 juillet, jour où Friederich a également concédé percevoir une commission de 3% sur le montant de chaque transaction, que le MPC a étendu la procédure à l'infraction de faux dans les titres. La Chambre d'accusation du TF fait cependant savoir que les soupçons de blanchiment et le risque de collusion étaient en l'état suffisants pour admettre la requête de prolongation de la détention. Le document ne fait par ailleurs aucune référence à la rumeur récemment rapportée par la publication spécialisée Intelligence online quant à un lien entre Peter Friederich et la CIA.

Rappelons que l'enquête judiciaire contre inconnu a été ouverte le 8 avril dernier par le MPC, suite à une demande de renseignements du 28 février 2002 émanant du parquet du Tribunal d'arrondissement de Luxembourg. Ce dernier avait dans le collimateur des opérations suspectes effectuées par Peter Friederich. Le 3 juillet, le MPC a établi que l'ambassadeur avait déposé, entre août et décembre 2001, d'importantes sommes d'argent en espèces sur son compte auprès d'une banque luxembourgeoise (la banque Dexia, ndlr). Très rapidement, des sommes quasi équivalentes à celles déposées ont été transférées sur divers comptes dans différents pays, dont la Suisse. Bien que l'ambassadeur déchu bénéficie toujours de la présomption d'innocence, les faits établis aujourd'hui sont très parlants. Le MPC se refuse cependant toujours à préciser si l'enquête a des chances de se clore avant le 15 août ou si une nouvelle requête de prolongation de la détention préventive de Peter Friederich pourrait être

déposée.

Arrêt 86.60/2002 du 23 juillet