Un mois à peine après l'arrestation des ravisseurs de Stéphane Lagonico, le procès de Christian Pidoux, Pascal Schumacher, Katia Pastori et des autres prévenus se prépare activement, même s'il ne commencera pas avant une année. D'un côté comme de l'autre, les parties s'organisent. Non sans étonner parfois le béotien, peu au fait des finesses judiciaires. A ses questions candides, le petit monde du barreau vaudois apporte des réponses contrastées.

Dans une affaire si particulièrement vaudoise, l'irruption d'avocats genevois aussi médiatiques que Dominique Warluzel et Jacques Barillon, qui ont accepté d'assurer respectivement la défense de Pascal Schumacher et de Katia Pastori, surprend: n'y avait-t-il donc personne du côté vaudois pour venir défendre les deux jeunes ravisseurs? Selon Yves Burnand, le très scrupuleux bâtonnier de l'Ordre des avocats vaudois (OAV), l'explication est à la fois mathématique et déontologique. «Il y a 257 avocats inscrits au barreau et une majorité d'entre eux connaissent la victime ou le père de l'accusé. Stéphane Lagonico est avocat stagiaire dans l'une des études les plus connues de la place. Sa mère, Carmela Lagonico, fréquente la moitié de Lausanne. Quant à Philippe Pidoux, il est également avocat et tout aussi connu. Dans ce petit univers, tout le monde entretient des relations amicales ou professionnelles. Il y a donc conflit d'intérêts à défendre le ravisseur d'un ami ou d'un collègue.»

Une thèse que relativise Laurent Moreillon, avocat et professeur de droit pénal à l'Université de Lausanne. Selon lui, les Vaudois n'ont pas su saisir leur chance. «C'est une excuse! En dehors de quelques cas où le conflit d'intérêts est évident, quantité d'avocats lausannois auraient rêvé d'une pareille affaire. Certains se sont d'ailleurs étonnés de ne pas avoir été contactés et grognent un peu dans les coulisses… Les Vaudois aiment trop la tranquillité. A force de jouer les puritains et de mépriser ceux qui font de la publicité, il ne faut pas s'étonner que les clients ne nous connaissent pas et s'adressent à des avocats plus médiatisés. Quand il s'agit de monter au front, ici, il ne se passe jamais rien!»

Inégalité de traitement

L'inégalité de traitement entre Christian Pidoux et son frère, Marc, dans l'attribution de leurs défenseurs soulève une série d'interrogations. Pourquoi Christian s'est-il vu désigner un avocat commis d'office? Nommé mercredi par le président du Tribunal de district, Pierre Blanc, pénaliste expérimenté, en ignore lui-même les raisons. Pourquoi Marc dispose-t-il, quant à lui, d'une avocate associée à l'étude de Philippe Pidoux, Isabelle Salomé? N'est-elle pas trop liée au père pour se sentir complètement libre de défendre le fils?

A l'heure actuelle, personne ne sait pourquoi Christian Pidoux n'a pas choisi lui-même son avocat. Les spéculations vont bon train. Refuse-t-il toute aide extérieure? N'a-t-il pas les moyens de payer les honoraires réclamés? Seul le juge d'instruction, Nicolas Cruchet, pourrait répondre à ces questions, mais il s'y refuse en l'état. Pour les parents Pidoux, c'est certain, les actes de Marc ne pèsent pas du même poids que ceux de son frère. Concernant la défense de Marc Pidoux par Isabelle Salomé, les avis sont prudents. «Déontologiquement, il n'y a aucun problème, explique Yves Burnand. C'est à l'avocate d'évaluer sa marge de manœuvre. En acceptant ce mandat, elle s'est sentie absolument libre de construire sa défense comme elle l'entend.» Même son de cloche chez Pierre Blanc et Laurent Moreillon. Seul Jacques Michod, avocat vaudois associé à Jacques Barillon dans la défense de Katia Pastori, souligne le dérapage possible. «Si elle doit, au milieu du procès, nuire à l'image de Philippe Pidoux, cela lui posera un problème. Et peut-être devra-t-elle se retirer. Pour l'instant, elle s'est mise d'accord avec son client sur le type de défense à mener. Et elle estime pouvoir l'assumer jusqu'au bout.»