Harcèlement

Affaire Legrix: l’élu UDC chaux-de-fonnier est absous

L’ancien juge fédéral Claude Rouiller absout Jean-Charles Legrix des accusations de mobbing et de harcèlement moral et sexuel. Sa contre-expertise ne ramènera toutefois pas forcément la sérénité dans la troisième ville de Suisse romande

Affaire Legrix: l’élu chaux-de-fonnier absous

Neuchâtel L’ancien juge fédéral Claude Rouiller disculpe le magistrat UDC des accusations de mobbing et de harcèlement

Sa contre-expertise ne ramènera pas la sérénité

Le magistrat UDC Jean-Charles Legrix, membre professionnel du Conseil communal (exécutif) de La Chaux-de-Fonds, «n’est pas un pervers ni un négrier, encore moins un tyran ou un maltraitant managérial». C’est la conclusion de Claude Rouiller, ancien juge fédéral, mandaté par les autorités de La Chaux-de-Fonds pour apporter son éclairage sur l’affaire Legrix.

Claude Rouiller contredit de façon spectaculaire les conclusions de l’audit réalisé au printemps 2013 par la juriste Cécile Pache, spécialiste des enquêtes en matière de harcèlement au travail. Après avoir entendu 47 agents publics du département de Jean-Charles Legrix, principalement de la voirie, elle avait affirmé que le magistrat UDC harcelait ses collaborateurs.

«L’auditrice était honnête, de bonne foi, dit Claude Rouiller. Mais elle n’a pas su trier ce qu’elle a pu entendre, a repris des déclarations invraisemblables.» L’ancien juge fédéral a appliqué une autre méthode d’investigation. Il a revêtu l’habit du juge d’instruction, menant une enquête à charge et à décharge. Pour conclure qu’on ne peut pas reprocher des actes de mobbing ou de harcèlement à Jean-Charles Legrix. Tout au plus Claude Rouiller retient-il un cas d’atteinte à la personnalité, «de peu de gravité», pour une ancienne secrétaire de l’élu UDC, «psychologiquement fragile, envers laquelle le magistrat a tenu des propos inadmissibles, notamment liés à son physique, et envers laquelle il a manifesté un agacement régulier». Et de proposer qu’elle touche une indemnité équivalente à un mois de salaire.

Jean-Charles Legrix sort-il dès lors blanchi de la contre-enquête Rouiller? Y aurait-il eu complot contre celui qui, pourfendeur du clanisme de gauche, ruait dans les brancards? Claude Rouiller répond clairement qu’il n’en est rien. «Le Conseil communal n’a jamais eu le projet d’évincer Jean-Charles Legrix», affirme-t-il.

Et l’ancien juge retient un certain nombre de griefs envers le magistrat UDC, auquel le Tribunal cantonal neuchâtelois avait rendu le droit d’avoir un département. En août 2013, sur la base de l’audit Pache, l’exécutif de La Chaux-de-Fonds avait retiré toute tâche à Jean-Charles Legrix, devenu ministre sans portefeuille. Depuis janvier 2014, l’élu UDC a un nouveau département, et il dit y trouver son bonheur.

Claude Rouiller reproche à l’élu «un management peu approprié». Pour mettre au pas le service de la voirie, il est intervenu «très incisivement, dit-il. Au lieu de rester le chef, il est descendu dans la voirie. Si l’intention est admissible, il n’a pas assez planifié les réformes et n’a pas prévu de le faire de manière concertée, contradictoire et participative avec son personnel.»

Il est aussi reproché à Jean-Charles Legrix d’être trop exigeant. «Il faut savoir qu’une part importante des employés du service de la voirie sont des gens fragiles qu’il est juste que la ville emploie. Voyant arriver un chef-bulldozer, ils ne peuvent que ressentir de la terreur.» Claude Rouiller note encore qu’une des causes décisives de l’affaire Legrix, c’est l’opposition frontale entre le magistrat UDC et le chef de la voirie, Joseph Mucaria. «Tous deux portent la même responsabilité», déplore l’expert.

Sans en faire état dans sa présentation orale, mardi à La Chaux-de-Fonds, Claude Rouiller consacre dans son rapport d’une centaine de pages un chapitre à une autre tare de Jean-Charles Legrix, son «aptitude à s’installer dans le déni, sans doute inconsciente, d’événements désagréables qui ne revêtent pas d’importance à ses yeux». Mais au final, commente l’ancien juge, «les pierres jetées contre Legrix étaient trop lourdes».

Claude Rouiller s’est appliqué à dégonfler l’affaire Legrix, à éviter de stigmatiser l’une ou l’autre partie, quitte à perdre en cohérence. Il ne blâme pas un Conseil communal qui, en août 2013, sur la base de l’audit, a retiré illégalement son dicastère à Jean-Charles Legrix? «Je ne crois pas qu’on puisse lui reprocher grand-chose. Lorsqu’on reçoit un tel rapport, on se doit de réagir. L’exécutif aurait simplement dû prendre une autre sanction que de priver son collègue d’un département. Il suffisait de le déplacer.»

Fort de son aura d’ancien juge fédéral et de sage, Claude Rouiller a tenté de jouer les médiateurs pour réconcilier autant que faire se peut les membres de l’exécutif chaux-de-fonnier. Par la voix de sa présidente, la Verte Nathalie Schallenberger, le Conseil communal, présent in corpore mardi, dit prendre acte du rapport et vouloir tourner la page. «C’est la fin d’un processus long et douloureux pour tout le monde. L’ambiance est tout à fait paisible au sein de notre conseil.»

Il n’en est rien en réalité. Après avoir dit sa «satisfaction» d’avoir enfin «une vraie enquête, même si elle arrive bien tard», Jean-Charles Legrix a aiguillonné ses collègues. Il estime avoir droit à une compensation financière pour ses frais de défense. Il l’a déclaré devant les médias, sans en avoir préalablement parlé au conseil.

«L’exécutif aurait dû prendre une autre sanction que de priver son collègue d’un département»

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