La tension monte à mesure qu’approche l’heure du verdict. Le public est moins nombreux pour ce dernier acte. Sans doute l’effet du soleil et des vacances. Le président Sébastien Schmutz commence la lecture du jugement. Sa voix est forte et le débit très rapide.

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L’arrêt commence par décrire le parcours de Claude D., évoque en détails la premier assassinat qui lui avait valu 20 ans de prison. Viennent ensuite l’énumération des expertises et leurs conclusions.

Un accusé dans la catégorie des «tueurs en série très rares»

Celle du premier psychiatre qui décrit l’intéressé comme très dangereux et totalement inaccessible à toute thérapie. Celle du second expert dont le tribunal fait une lecture sans concession.

Cela s’annonce mal pour Claude D.. L’arrêt souligne que cet expert place l’intéressé dans la catégorie des «tueurs en série très rares», que son risque de récidive est maximal, qu’il est n’est pas accessible à un traitement connu, que ses troubles vont certainement s’aggraver en détention. L’expert n’imagine pas qu’un pronostic favorable puisse être posé un jour dans son cas tout en ajoutant qu’il n’existe pas de base scientifique pour prédire un avenir très lointain.

Le suspense continue. Le président passe aux faits. Claude D. les a reconnu pour l’essentiel. C’est court. Le tribunal lui accorde qu’il a fuit à 100km/h et pas à 140 km/h mais sa conduite était dangereuse.

Plus essentiel, le tribunal retient l’enlèvement et la séquestration. Il n’existe aucun doute que la jeune Marie a bien été emmenée de force et retenue captive par son bourreau. Par contre, l'aggravante de la cruauté est absorbée par l’homicide. La contrainte sexuelle, des baisers et des caresses lors du huis clos dans la voiture, est aussi réalisée. «Il est inconcevable que la jeune fille ait voulu se livrer à des jeux sexuels ou ait éprouver du plaisir» dans cette situation terrifiante, souligne le tribunal.

On en vient à la définition de l’assassinat. Le plus odieux et atroce des crimes. La cour plonge ensuite dans la relation entre ce condamné et la jeune fille, le harcèlement précoce et la recherche de l’arme. «Il est évident que si Claude D. veut une arme, c’est pour tuer ou menacer Marie». Le tribunal ne croit pas à la théorie «ridicule et inconsistante d’une bande de blacks», ni à celle d’une fuite en avant suicidaire.

Condamné à la prison à vie

Pour les juges, Claude D. a tué car il n’a pas supporté la rupture. Sa volonté homicide, son mobile totalement égoïste, la cruauté avec laquelle il a terrorisé et étranglé sa victime en font «une véritable exécution». Au final, c’est donc «bel et bien un assassinat qui doit être retenu».

«Il a mis à mort celle qui a eu le malheur de le rencontrer», ajoute le président. La responsabilité restreinte, préconisée par un des experts en raison de la gravité du trouble de la personnalité, n’emporte pas la conviction du tribunal. Claude D. est donc condamné à la prison à vie. «Il n’y a aucun élément à décharge». Pire, le prévenu a continué à salir sa victime et évoqué les détails les plus crus de leurs relations lors du procès. Ses antécédents sont les pires qu’on puisse imaginer. Il a récidivé dès que les portes de la liberté se sont entrouvertes.

On en vient à la question essentielle. Un internement ordinaire ou d’un internement à vie? Pour le tribunal, les divergences entre les experts ne sont pas très importantes. Bien au contraire. Tous deux voient en Claude D. un dangereux récidiviste impossible à traiter. Et toute déclaration contraire de l’intéressé sur sa propension à se soigner relève d’une stratégie et d’une volonté manipulatrice.

C’est le moment crucial. Claude D. doit-il être considéré comme durablement non amendable? La cour estime que oui et pense que les deux expertises aboutissent finalement à cette même conclusion. Aucun pronostic favorable ne pourra jamais être posé pour lui. L’internement à vie est prononcé. Et la cour ajoute que ce n’est pas à elle, modeste autorité cantonale, de trancher la question de la compatibilité de cette mesure avec la Convention européenne des droits de l’homme.

C'est fait. La sanction absolue est prononcée pour la première fois en terres vaudoise.

Reste à savoir si cette décision sera confirmée. Mes Yaël Hayat et Loïc Parrein, les avocats de Claude D., ont annoncé leur volonté de combattre ce verdict jusqu'au bout.


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