Le procès de Claude D., accusé d'avoir enlevé, séquestré et assassiné la jeune Marie, s'est ouvert ce lundi matin devant le Tribunal criminel de la Broye et du Nord vaudois qui siège dans la grande salle de Renens. Les débats, prévus sur une semaine et présidés par Sébastien Schmutz, ont débuté par des requêtes incidentes et se poursuivront, si aucun renvoi n'est décidé, avec l'interrogatoire du prévenu.

Claude D. est défendu par Mes Loïc Parein (dont le prévenu vient de dire ne plus vouloir en raison d'une rupture du lien de confiance) et Yaël Hayat. Les proches de la victime, représentés par Me Jacques Barillon, assistent à l'audience. Un enquêteur sera entendu mardi alors que les deux experts psychiatres sont convoqués ensemble mercredi. Un visiteur de prison ainsi qu'un aumônier ont été cités comme témoins par le prévenu et seront à la barre jeudi. Les parents de Claude D., qui ont fait savoir à la presse qu'ils ne veulent en aucun cas être mêlés à cette affaire, ne viendront pas. Le réquisitoire et les plaidoiries auront lieu vendredi. Le jugement devrait enfin tomber le 24 mars.

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C'est le procureur général Eric Cottier qui soutient l'accusation. Sur dix pages, ce dernier détaille l’enchaînement qui aboutira à la mort cruelle de la jeune fille. Voici l’essentiel du scénario privilégié par le Ministère public.

La rencontre

C’est le 5 mars 2013, que le prévenu obtient l’adresse d’une certaine «Kirstenhall», pseudonyme utilisé par Marie sur Skyrock. Claude D., alias «lavieestbellejeteledis», prétend sur son profil s’appeler Maxime et travailler dans le milieu automobile. Il échange plusieurs messages à propos des tarifs et des prestations pratiqués par ladite Kirstenhall. Elle lui donne son numéro de portable. Leur première rencontre date du dimanche 14 avril. Ils se verront quatre fois dans des bars de Payerne avant d’avoir leur premier rapport sexuel, le 28 avril, dans la voiture du prévenu.

La relation

Le lendemain déjà, Claude D. appelle un détective privé car il soupçonne Marie de lui mentir. Le 1er mai, le prévenu et la jeune fille se revoient. Il lui offre un piercing, filme la séance avec son téléphone portable, l’emmène au restaurant, puis à son domicile. Les jours qui suivent, ils s’échangent de nombreux messages. Il lui écrit qu’il tient beaucoup à elle. Il s’impatiente lorsqu’elle ne répond pas au téléphone et demande si elle lui fait la tête ou si elle voit un client. Tous deux passent la nuit du 5 au 6 mai à l’appartement du prévenu qui filme leurs rapports avec sa caméra Go-Pro.

Le harcèlement

Le matin du 6 mai, Claude D. dépose Marie à Fribourg où elle doit faire des courses. Doutant de ses dires, il la contacte, se rend à la gare où elle doit prendre le train pour rentrer, se dispute avec elle et lui dit que si elle «n’arrête pas de faire l’escorte, elle allait pleurer sa mère». Il exige qu’elle change son message de recherche de clients.

Ils doivent se voir le soir du 7 mai mais Marie ne se sent pas bien et se rend aux Urgences. Claude D. va l’y rejoindre et insiste pour qu’elle n’annule pas la soirée et le suive. Après une dispute, il fouille son sac et vérifie son téléphone portable. Il aurait ensuite donné une ou plusieurs gifles à Marie. Le lendemain, ils s’envoient des photos de leur anatomie et des messages à caractère sexuel. A son père, Claude D. dit avoir une nouvelle copine.

Le rejet

A partir du 10 mai, Marie devient encore plus distante et Claude D. s’en plaint à des tiers ainsi qu’à ses contacts virtuels. Il dit qu’il n’a pas le moral car il est devenu «légèrement accro» et que cette histoire est probablement finie avant même d’avoir commencé. Le 12 mai, il envoie un message pour souhaiter un bon anniversaire à Marie qui fête ses 19 ans. Elle lui dira plus tard qu’il la traumatise, lui fait peur et qu’elle a besoin de rester seule. Ou encore qu’il est son pire cauchemar, qu’elle ne l’aime pas et que leur relation est terminée. Durant cette même journée, il essaye aussi, toujours selon l’accusation, de contacter un ancien co-détenu pour se procurer rapidement une arme. Sans succès.

L’enlèvement

Aux yeux du procureur général, Claude. D., ne supportant pas que Marie le rejette, décide «d’avoir une explication» avec elle. Pour ce faire, il va acheter une lampe de poche, du scotch et des colliers en plastique, des colsons. Il se parque ensuite non loin du restaurant du Golf de Payerne et attend. Il démarre en la voyant sortir et essaye de la convaincre de monter. Elle refuse. Il sort alors de la voiture, la ceinture et la pousse de force, tête la première, à l’intérieur. Une femme, qui promenait son chien, entend Marie crier: «Aidez-moi, au secours.»

L’homicide

Claude D. s’arrête une première fois en chemin pour entraver sa victime et enlever les puces des appareils. Il jette ensuite son bracelet électronique par la fenêtre et continue sa route jusqu’à une forêt de la commune de Châtonnaye, dans le district de la Glâne, canton de Fribourg. Il se parque à l’écart, terrorise Marie en lui parlant de son premier crime, de sa longue détention et lui annonce qu’elle va mourir. Ce huis-clos va durer plus de six heures. Selon l’acte d’accusation, il embrasse une dernière fois sa victime sur la bouche avant de lui passer une ceinture autour du cou. Il changera encore de position pour mieux serrer. Une fois certain qu’elle est bien morte, il enlève les entraves, adosse le corps de Marie à un tronc d’arbre, se ravise, et porte le cadavre vers un endroit encore plus discret.

La fuite

Il est environ quatre heures du matin quand Claude D. quitte les lieux du crime. Il va se débarrasser de son matériel informatique et effacer des données. Repéré par la police, il jette encore par la fenêtre la ceinture qui a servi à étrangler sa victime ainsi que sa caméra. Il conduit comme un fou, force des barrages et finit sa course par une impressionnante embardée, mais sans une égratignure.