Genève

Affaire Maudet: un haut fonctionnaire demande à être suspendu

Raoul Schrumpf, directeur du Service de police du commerce, prévenu d’abus d’autorité pour avoir autorisé l’ouverture du bar l’Escobar, estime ne pas pouvoir travailler sereinement en étant sous le coup d’une enquête pénale

Il y a Pierre Maudet, qui s’accroche contre vents et marées, et il y a les hauts fonctionnaires qui prennent le large. Après Patrick Baud-Lavigne, partie prenante au voyage d’Abu Dhabi qui a quitté l’Etat et son poste de chef de cabinet du ministre en difficulté, c’est au tour de Raoul Schrumpf, directeur du Service de police du commerce, mis en prévention pour abus d’autorité dans cette même affaire, de demander sa suspension à titre provisoire, a appris Le Temps. Les collaborateurs en ont été informés ce mercredi en début d’après-midi par le conseiller d’Etat Mauro Poggia, qui s’est rendu sur place en personne pour tenter de désamorcer la théorie du fusible.

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Dans une lettre adressée au conseiller d’Etat Mauro Poggia, lequel chapeaute désormais ce service anciennement sous la tutelle de Pierre Maudet, les avocats du haut fonctionnaire soulignent que ce dernier conteste catégoriquement les charges et entend démontrer son innocence. «Cela étant, Raoul Schrumpf considère – même si cette évidence ne semble pas toujours reconnue – que l’exercice crédible d’une fonction dirigeante dans l’administration ne s’accommode pas facilement d’une mise en prévention au pénal», précisent Mes Alec Reymond et Alexandra Lopez.

Ne pas perturber le service

Pour permettre «la marche apaisée et efficace de l’appareil étatique en marge d’une enquête qui ne connaîtra une issue que dans de nombreux mois», Raoul Schrumpf «estime qu’il lui appartient de prendre un peu de distance pour travailler à sa défense tout en évitant que la bonne marche de ses services soit perturbée», relève encore ce courrier dont nous avons obtenu copie.

Ses défenseurs ajoutent enfin que le haut fonctionnaire demande sa suspension provisoire avec maintien de sa rémunération et avec effet au 30 novembre afin de permettre à son équipe de se réorganiser sans trop de difficultés. Des conditions acceptées par le Conseil d’Etat qui a toutefois renoncé, selon nos informations, à communiquer officiellement sur ce sujet sensible.

Un ordre venu d’en haut

Le 14 novembre dernier, Le Temps révélait la mise en prévention de Patrick Baud-Lavigne et de Raoul Schrumpf pour abus d’autorité. Le Ministère public reproche au premier d’avoir ordonné l’ouverture du bar l’Escobar (lié aux promoteurs et organisateurs du voyage) et au second d’avoir délivré l’autorisation malgré un dossier administratif encore lacunaire.

Raoul Schrumpf (qui avait aussi été le chef de cabinet de Pierre Maudet du temps où ce dernier était conseiller administratif) pensait exécuter une instruction venant du magistrat et l’avait d’ailleurs noté dans ses messages. Il était évident pour lui que tout ce qui émanait du chef de cabinet était un vœu du conseiller d’Etat, puisque le bras droit en était la voix. Il a pris sur lui de signer l’autorisation alors que les collaborateurs du service avaient signalé la non-conformité du dossier. Il conteste tout abus d’autorité dans ce contexte.

Patrick Baud-Lavigne n’ayant pas impliqué le ministre dans cette manœuvre et ne se souvenant pas très bien de ce qui s’est vraiment dit à l’époque, Pierre Maudet échappe à une mise en prévention pour abus d’autorité dans ce volet de l’Escobar. Cet établissement, où un anniversaire a été organisé pour lui, fait toutefois encore partie du tableau des avantages que le ministre aurait acceptés.

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