Fribourg/Neuchâtel

Affaire Migros: Damien Piller remporte une votation contestée

Surprise au sein de Migros Neuchâtel Fribourg. Lors d’un scrutin exceptionnel, une majorité nette des coopérateurs ont apporté leur soutien au président du conseil d’administration, malgré les accusations de gestion déloyale pesant sur lui. Mais, à la suite des soupçons de manipulation électorale, une plainte pénale a été déposée

Il est difficile de trouver les mots pour décrire les soubresauts sans fin du conflit qui oppose depuis des mois l’entreprise Migros et le président de sa coopérative régionale Neuchâtel Fribourg (MNF), Damien Piller. Cet inextricable feuilleton juridico-financier a connu un nouvel épisode ce mercredi avec l’annonce du verdict de la votation extraordinaire organisée auprès des quelque 120 000 coopérants de MNF et demandant la révocation immédiate de l’homme d’affaires fribourgeois. A la surprise générale, 64,5% des 50 335 votants (la participation se monte à 41,7%) ont apporté leur soutien à Damien Piller, malgré les soupçons de gestion déloyale qui pèsent sur lui.

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Le résultat est net. Il est un désaveu cinglant pour le géant orange dont la totalité des instances avaient appelé ces dernières semaines au départ de Damien Piller et des membres de son conseil d’administration qui lui sont restés fidèles. Au sein de l’entreprise, on semble groggy par ce score inattendu. «Nous prenons note du résultat communiqué aujourd’hui, s’est borné à déclarer Daniel Bena, président du comité coopératif de MNF, par voie de communiqué de presse. Migros prendra toutes les dispositions qui s’imposent pour soutenir les membres de la direction et les collaborateurs dans cette situation difficile.»

Tout n’est cependant de loin pas terminé. En effet, avant même la publication des résultats, le scrutin a été contesté. Mardi, déjà, Migros déposait une plainte pénale auprès du Ministère public du canton de Neuchâtel pour faux dans les titres et corruption. «Il existe une forte suspicion de manipulation électorale et c’est pourquoi le résultat de ce scrutin doit être examiné», justifie l’entreprise, qui «se réserve le droit» de faire vérifier de nouveau l’exactitude du processus.

400 bulletins dans la nature

Le dépôt de cette plainte pénale fait suite à un reportage de la RTS révélant que près de 400 bulletins de vote, tous opposés à la révocation de Damien Piller, avaient été trouvés dans deux boîtes postales d’un village par un employé de La Poste. Une découverte intrigante qui sème le doute. S’il ne souhaite pas se prononcer sur cet élément précis, André Clerc, l’avocat de Damien Piller et du conseil d’administration de MNF, s’étonne des accusations: «La votation a été organisée par un mandataire externe, PricewaterhouseCoopers, et sous contrôle notarial. Le scrutin est sûr, d’autant plus que Migros a assuré à plusieurs reprises que les bulletins de vote étaient parfaitement inviolables.»

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André Clerc préfère souligner «la clairvoyance» des coopérateurs, qui «ne se sont pas laissé influencer par la propagande de la Fédération des coopératives Migros à Zurich». Lors de cette votation, l’entreprise a peut-être en effet payé une communication massive contre Damien Piller, qui l’a conforté dans sa posture du «petit» président de coopérative régionale romande contre le puissant rouleau compresseur des bords de la Limmat. «Le comportement démontré par Damien Piller n’est pas compatible avec la culture Migros», cinglait ainsi Ursula Nold, la présidente de l’entreprise, dans l’un des derniers numéros du Migros Magazine.

Un total de neuf plaintes pénales

Au sortir d’une campagne où les deux camps se sont livré une véritable guérilla de communication aussi féroce qu’agressive, la confiance est irrémédiablement rompue. Une sortie de crise rapide semble totalement improbable dans une guerre ouverte où le nombre de plaintes pénales déposées de part et d’autre se monte désormais à neuf.

Pour rappel, l’affaire éclatait au grand jour en juillet dernier. Les organes de Migros déposaient deux plaintes pénales pour escroquerie, gestion déloyale et faux dans les titres à l’encontre de Damien Piller. Ce dernier est soupçonné d’avoir profité de sa double casquette de président de MNF et de promoteur pour s’enrichir à hauteur de 1,6 million de francs aux dépens de l’entreprise dans le cadre de la construction de deux magasins dans le canton de Fribourg. Des accusations que le principal intéressé a toujours rejetées avec force et qui font l’objet aujourd’hui d’une enquête.

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