«Il y a des jours où l’on se dit qu’Olivier est vraiment mort et le lendemain, on reprend espoir. C’est pénible à vivre. On est parfois résignés. Mais faire notre deuil signifierait qu’on dépose les armes. Or nous devons continuer à remuer ciel et terre jusqu’à ce qu’on connaisse la vérité.»

Frédérique Santal refuse de tomber dans le désespoir. Mais depuis l’enlèvement de son frère Olivier Tschumi par des narcotrafiquants le 19 décembre 2010, à Cuernavaca, à 90 kilomètres de Mexico, le dossier piétine.

Voilà près d’un an que le drame a eu lieu. La famille a tout tenté: la mère de 80 ans partie quatre mois au Mexique harceler la police, participer à des battues et visiter les morgues, le détective privé, l’avocat mexicain spécialisé dans les affaires de rapts, les médiums. Aujourd’hui, elle se bat pour que l’affaire ne tombe pas dans l’oubli.

Récemment, Frédérique Santal, citée par l’ATS, avait cru que la police fédérale avait transmis le dossier au Ministère public de la région Emmental-Haute Argovie, à Fraubrunnen (BE), d’où est originaire le Suisse. Un transfert qu’elle a interprété comme une manière de classer l’affaire. Mais vérification faite, il n’y a en fait jamais eu d’enquête au niveau fédéral.

Fedpol, l’Office fédéral de police, le confirme au Temps. «Nous avons un dossier de «coordination» toujours actif; notre rôle, dans ce genre de cas, est de soutenir les autorités cantonales compétentes. Mais nous n’avons rien transmis au Ministère public de la région Emmental-Haute Argovie, vu qu’il n’y a pas d’enquête des autorités de poursuites pénales fédérales», précise la porte-parole Danièle Bersier.

«Le Ministère public du canton de Berne, région Emmental-Haute Argovie, mène depuis le 10 janvier déjà sa propre enquête contre inconnu pour enlèvement. Nous n’avons reçu aucun dossier d’une autre autorité», confirme de son côté le procureur Remo Leibundgut. «L’enquête est toujours en cours et n’a pas été suspendue.»

Des suspects arrêtés

Reste que rien ne bouge vraiment. Et le fait que la police mexicaine soit gangrenée par la corruption complique la donne. «La compagne d’Olivier s’est rendue au Mexique (elle et sa fille sont en Suisse depuis août) durant deux semaines en octobre. Elle a été reçue par le Bureau d’investigation spécialisé dans les affaires de délinquance organisée, la Siedo, qui lui a montré deux gros dossiers concernant Olivier.

En fait, de forts soupçons pèsent sur trois personnes arrêtées en janvier. Mais elles n’ont pas encore été interrogées à ce sujet», souligne Frédérique Santal. «Les responsables mexicains doivent donc penser qu’il est mort.» L’avocat mexicain Max Morales a de son côté déposé un dossier concernant le commerçant en montres qui vivait depuis vingt ans au Mexique auprès d’une association pour les victimes de kidnappings, qui vient de se constituer.

Le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) continue de dire qu’il suit ce cas «avec la plus grande des attentions» et que l’ambassade de Suisse à Mexico le traite de manière prioritaire. La sœur affirme avoir d’excellents contacts avec un nouvel interlocuteur au département. «Il s’occupe notamment des papiers de la compagne mexicaine d’Olivier et de ma nièce.»

Une quatrième rencontre entre la famille et le DFAE a eu lieu début novembre à Berne. «Je n’ai rien à reprocher à ceux qui gèrent le cas en Suisse. Ils sont simplement autant impuissants que nous. On ne peut rien en attendre de plus», glisse Frédérique Santal, fataliste. Mais elle espère toujours.