Le ministre chilien des Affaires étrangères a convoqué jeudi, à 21 h 30, heure suisse, l'ambassadeur de Suisse André Regli et a exigé des explications détaillées concernant la récente prolongation de l'admission provisoire en Suisse de Patricio Ortiz, ex-guérillero chilien. Malgré les précisions d'André Regli concernant le statut de l'opposant, le ministre Ignacio Walker a laissé entendre que Santiago pourrait à nouveau adresser une demande d'extradition à la Suisse. Ou lancer un mandat d'arrêt international contre Patricio Ortiz, qui permettrait de l'appréhender s'il sort de Suisse.

Condamné à 10 ans de prison

Le gouvernement chilien tient coûte que coûte à le récupérer pour qu'il purge sa peine de prison. Patricio Ortiz a été condamné à dix ans de prison en 1995 pour avoir tué un officier de gendarmerie quatre ans plus tôt. La justice chilienne l'accuse également d'une attaque de banque et d'un attentat à la bombe contre un établissement américain de restauration rapide. Il s'évade fin 1996, arrive en Suisse et y dépose une demande d'asile en juillet 1997, qu'il se voit refuser parce qu'il est notamment accusé d'homicide. Mais la Suisse lui accorde l'admission provisoire: Berne craint que, renvoyé chez lui, il subisse de mauvais traitements.

L'ambassadeur de Suisse a également répété au ministre chilien que la décision de prolonger l'admission provisoire avait été prise par une instance indépendante, la Commission de recours en matière d'asile, et qu'elle ne pourrait ainsi pas être annulée. De son côté, Ignacio Walker a, devant la presse locale, déploré les déclarations trompeuses de Patricio Ortiz à la télévision chilienne (il a laissé entendre qu'il avait obtenu l'asile). Pour lui, elles sont provocantes à la fois envers le gouvernement chilien et le gouvernement suisse.

Cette affaire intervient alors que la campagne présidentielle bat son plein au Chili. D'où l'importance qui lui est accordée par les autorités, alors que, dans le fond, Patricio Ortiz a le même statut depuis 1998.