Le Tribunal pénal fédéral (TPF) gère mal sa politique d’information et n’encadre pas assez bien ses juges. L’instance s’est fait tirer les oreilles par les commissions parlementaires de gestion qui se penchaient sur l’affaire Roduner. L’ancien juge d’instruction en prend aussi pour son grade.

Le TPF, en qualité d’autorité de tutelle de l’Office des juges d’instruction fédéraux (OJI), a annoncé en juillet 2008 que le juge d’instruction Ernst Roduner avait présenté sa démission avec effet immédiat pour des raisons de santé. Ce faisant, il a «induit le public en erreur», lui reprochent les commissions de gestion dans un rapport publié vendredi.

«Le véritable motif de la démission a été passé sous silence et n’a été rendu public que lorsque cela est devenu inévitable.» En janvier 2009, le tribunal crache le morceau: Ernst Roduner s’est lui- même envoyé un fax de menaces. Le TPF estimait qu’il était du ressort du Ministère public de la Confédération (MPC) d’informer le public, car il pensait que ce dernier allait ouvrir une enquête sur le magistrat.

Les commissions critiquent cet attentisme. Le TPF devait informer «à temps et en toute transparence». Elles regrettent en outre que le Tribunal et l’OJI n’aient pas vu la nécessité d’enquêter à l’interne sur l’affaire du fax et sur les circonstances qui y ont conduit.

Ces deux instances ont laissé Ernst Roduner poursuivre sa tâche en solitaire alors qu’il était évident qu’il était sous pression. Le TPF et l’OJI «ont manqué de clairvoyance». «Leur façon de conduire le personnel a été prise en défaut.»

Les commissions recommandent donc au Tribunal pénal fédéral de revoir sa politique d’information et d’éventuellement prendre des mesures pour améliorer le soutien aux juges d’instruction et introduire le travail en équipe sur des affaires complexes. L’instance a jusqu’au 31 mars pour répondre.

Ernst Roduner est aussi critiqué: son comportement «est indigne et inexcusable d’un magistrat exerçant une telle fonction». Les commissions n’ont toutefois pas enquêté sur l’affaire du fax en tant que telle. Cette dernière est close sur le plan pénal.

On ne saura par ailleurs pas si Ernst Roduner a reçu des menaces par téléphone: l’intéressé a refusé qu’une enquête soit menée à ce sujet et a affirmé que les enregistrements sur son répondeur avaient été effacés.