VALAIS

Affaire Savro: trente ans après, la vérité du coupable

En 1977, André Filippini était arrêté pour avoir corrompu un chef de service. Il raconte aujourd'hui sa version des faits dans un livre

Dans la famille Filippini, il y a même une sainte, Lucy, canonisée par Pie XI en 1930. André Filippini, 80 ans, se dit aujourd'hui également «proche de contempler les beautés du paradis». Entre-temps, il y aura eu l'affaire, ou plutôt, l'enfer «Savro», du nom de l'entreprise de travaux publics fondée par ce fils d'émigré italien, employant 900 employés, bâtissant la moitié du canton et ouvrant des chantiers en Iran et au Maroc. Le 2 juillet 1973, c'est l'apothéose: le Conseil fédéral in corpore organise sa course d'école annuelle dans le carnotzet de Filippini à Plan Cerisier, au-dessus de Martigny. Cette année-là, il faut dire, le président la Confédération se nomme Roger Bonvin, un ami personnel.

«De petites gens»

En 1977, André Filippini est un homme riche, un notable qui pèse lourd, mais le 30 août, tout s'effondre: convoqué par le Conseil d'Etat, il ne sera pas reçu mais arrêté par deux gendarmes. André Filippini est condamné à huit ans et demi de prison.

Dans son livre de Mémoires présenté hier, il donne sa version. Ce ne serait pas lui qui aurait corrompu le chef du Service de l'entretien des routes, Jean Vernay, pour l'établissement de factures fictives au détriment de l'Etat du Valais, mais le fonctionnaire qui aurait exercé un chantage auquel Filippini aurait cédé pour sauver son entreprise, sous la menace de ne plus obtenir aucun mandat. Filippini a reconnu devant la justice être à l'origine de tout, mais c'était, dit-il, en raison d'un marché passé avec le procureur Antonioli: tout prendre sur lui en échange d'une peine limitée à 18 mois, marché que le procureur n'aurait ensuite pas respecté. Du Conseil d'Etat de l'époque, André Filippini dit aujourd'hui: «De petites gens», avec mention spéciale à Hans Wyer.

La vie de Filippini ne se résume pourtant pas à Savro, ni d'ailleurs à une médaille de bronze obtenue en bob à quatre aux Jeux olympiques d'Oslo en 1952 ou à sept années de présidence du FC Sion. Une vie mouvementée et rythmée entre autres par des rossées mémorables: le petit Filippini, un jour de retenue injustifiée, assène à son instituteur «un coup qui le laisse groggy». La recrue Filippini assomme à coups de crosse un lieutenant coupable d'abus d'autorité. L'étudiant Filippini, dans un séminaire fribourgeois, «met à terre» un abbé qu'il surprend en train d'abuser d'une employée. Le détenu Filippini, enfin, répond par «un coup à l'estomac» au gardien-chef Reynard, qui l'avait traité «d'Italien venu voler notre pain».

A sa sortie de prison, André Filippini constate, naturellement, que ses nombreux amis d'avant ne sont plus là, que certains se sont engraissés dans le bradage de Savro. Il se remarie, travaille jusqu'à l'âge de 77 ans comme employé dans diverses entreprises. Du Valais, il dit encore: «On vous y traite comme dans les pays où on colle les gens contre un mur pour les fusiller, sauf qu'on n'a pas le courage d'employer des méthodes aussi directes.» C'était la vérité d'André Filippini. Quant à la vérité vraie, qui la connaîtra jamais? Sainte Lucy peut-être.

André Filippini, «Le tourbillon de ma vie», Editions à la Carte, Sierre.

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