Les douze jurés de la Cour d’assises devront déterminer d’ici le 19 juin si l’accusée avait prévu son geste et agi avec préméditation, ou si elle a tué sous le coup de l’émotion. C’est ce que plaidera la défense de Cécile B , le meurtre passionnel étant passible d’une peine plus légère que l’homicide simple. Beaucoup d’observateurs sont frappés par la transformation de l’image de Cécile B auprès de l’opinion publique, passée en 4 ans du statut de meurtrière avouée à celui de victime de manipulations dans un monde de sexe, de pouvoir et d’argent. Du côté de la famille on plaidera le meurtre intéressé avec l’argent pour mobile.

L’affaire a fait couler énormément d’encre et le procès va être très suivi, en Suisse mais aussi en France. Edouard Stern, 50 ans, avait été retrouvé mort dans son appartement du quartier des Eaux-Vives, revêtu d’une combinaison en latex utilisée dans les milieux sado-masochistes. Il a reçu quatre balles dans le corps. Le banquier français était la 38e fortune de l’Hexagone, ami de nombreux hommes politiques dont l’actuel président français Nicolas Sarkozy.

Les premières audiences ce mercredi permettront aux jurés d’entendre les enfants, l’ex-femme d’Edouard Stern, des inspecteurs de police, et aussi la femme de ménage qui a découvert le corps d’Edouard Stern. Des dizaines de personnalités devraient aussi comparaître.

Les enfants entendus à huis clos

(Agences) Le huis clos a été réclamé par l’avocat de la partie civile, Maître Marc Bonnant, faisant valoir «le respect pour la douleur» des deux enfants Stern, âgés de 22 et 24 ans. La présidente de la Cour d’assises genevoise a jugé cette requête «insolite» mais l’a finalement acceptée. Me Bonnant a également demandé le huis clos pour la projection de la vidéo devant retracer la nuit du crime, le 28 février 2005, qui cette fois a été rejeté.

Sur le banc des accusés, cheveux relevés en chignon, le visage creusé et marqué de lourdes cernes, Cécile B, qui a déjà passé quatre ans en prison, se tenait mercredi matin solennellement entourée de ses deux avocats Mes Pascal Maurer et Alec Reymond.

La déclaration de Cécile B

(ATS)La déclaration de Cécile B est à peine audible. «Mon coeur est plein de douleur», explique-t-elle. «Je sais que c’est de ma faute», poursuit la meurtrière présumée, avec une voix cassée par l’émotion et les larmes. Elle tente de demander pardon aux enfants pour «une chose aussi abominable».

«J’essaierai de dire la vérité et je ne veux pas accabler Edouard», déclare encore la prévenue. Elle ne tarit pas d’éloges sur cet homme intelligent qu’elle aimait. Mais Me Bonnant l’interrompt sèchement: «Si c’est un homme merveilleux, alors il ne fallait pas l’abattre».

Cette déclaration spontanée de Cécile B. est intervenue à l’issue du témoignage de Béatrice Stern, l’ex-épouse du banquier. Cette femme a expliqué très dignement le manque qu’elle ressent ainsi que celui de ses enfants. Elle avait divorcé d’Edouard en 1999 mais continuait à l’aimer. Il était très proche de ses enfants, souligne encore Mme Stern.

Elle décrit son ex-mari comme étant droit, honnête, exigeant mais aussi soupe au lait et colérique. Il n’était ni manipulateur, ni arrogant, souligne-t-elle.

Retrouvez le carnet d’audience de notre chroniqueuse judiciaire Fati Mansour