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GENÈVE

Affaire Warluzel: cinq questions pour un épilogue judiciaire

Le célèbre avocat comparaîtra ce vendredi devant le Tribunal correctionnel pour avoir tiré en direction de son aide-soignante. La défense a choisi une procédure simplifiée pour éviter de longs débats médiatisés à l’issue incertaine

Ceux qui espéraient un grand déballage public vont être déçus. Le célèbre avocat genevois Dominique Warluzel, poursuivi pour avoir tiré en direction de son aide-soignante, comparaîtra ce vendredi devant le Tribunal correctionnel pour une audience éclair. Saisis d’une procédure simplifiée, les juges se doivent en effet d’avaliser – ou de rejeter – un acte d’accusation négocié qui propose ici une peine de 30 mois de prison, dont 6 ferme, le tout suspendu au profit d’un traitement institutionnel. Retour sur l’aventure pénale de l’ex-prodige du barreau, terrassé par un accident vasculaire cérébral, puis enfermé pour avoir si dangereusement exprimé sa fureur.

 1  Quel était le contexte?

Dominique Warluzel a été victime d’un AVC en janvier 2013, à Nassau. Un an plus tard, une chute a encore aggravé son état. Devenu hémiplégique et nécessitant une assistance permanente, l’avocat a aussi souffert de dépression, de tendance agressive, d’irritabilité et de désinhibition.

A la fin du mois de novembre 2015, il séjournait dans une suite de l’Hôtel La Réserve, composée de trois chambres communicantes. A la mi-décembre, il était en possession d’un revolver de marque Smith & Wesson de calibre 38 spécial ainsi que d’une boîte de munitions, arme déposée dans le coffre de l’étude et que ses anciens associés avaient finalement accepté de lui faire apporter par un chauffeur de taxi.

Malgré son handicap physique, Dominique Warluzel était capable d’obtenir le départ du tir avec sa main droite (il est gaucher), tant en simple action qu’en double action. Après avoir laissé cette arme un certain temps dans le coffre de la chambre, l’avocat l’a sortie et posée sur sa table de nuit, chargée de cinq cartouches et le chien relevé. Il voulait pouvoir en finir avec la vie au moment de son choix.

 2  Quel est le scénario retenu?

La première infraction reprochée à Dominique Warluzel est une mise en danger de la vie d’autrui. Autour du 1er janvier 2016, précise l’acte d’accusation du procureur général Olivier Jornot, agacé par les revendications salariales de son aide-soignante, il a «collé le canon du revolver, chargé, chien levé, avec son doigt sur la détente, sur le front ou la tempe de celle-ci, laquelle se tenait accroupie devant lui afin de le chausser». Il n’a pas hésité à prendre le risque de faire feu dans la tête de la plaignante, une simple pression sur la détente suffisant à provoquer le pire.

Une tentative de meurtre par dol éventuel est retenue pour l’épisode du coup de feu tiré le 2 janvier dans la même chambre, toujours sur fond de désaccord financier. Exaspéré, Dominique Warluzel a lancé à l’aide-soignante: «Si vous continuez à me faire ch… en me réclamant du fric que je ne vous dois pas, je vais me servir de cela» en désignant l’arme.

Se sentant toujours harcelé, il a saisi l’arme et a visé la plaignante. Celle-ci s’est réfugiée dans l’autre chambre. A la demande de Dominique Warluzel, elle est revenue jusqu’à l’encadrement de la porte, à 2,5 mètres de lui. Toujours selon l’accusation, l’avocat a alors gesticulé en pointant le revolver en direction de l’aide-soignante, avec le bras fléchi à hauteur du nombril. Il a alors intentionnellement fait feu en sa direction sans aligner les organes de visée. Voyant qu’il allait tirer, elle est repartie dans la pièce adjacente. La balle est passée à une vingtaine de centimètres de son corps.

Dominique Warluzel a utilisé sa main droite, laquelle est aussi sujette à des tremblements. Il ne s’était plus entraîné au tir depuis 20 ans et n’avait pas fait usage d’une arme à feu depuis cinq ans (le contexte de ce dernier usage n’est pas précisé). Dans ces conditions, estime le parquet, l’avocat a envisagé et accepté la possibilité de causer la mort même s’il ne la souhaitait pas.

Au personnel alerté par la plaignante, Dominique Warluzel, calme, a déclaré: «Elle n’a qu’à pas vouloir me piquer mon fric». Il a refusé de leur remettre son revolver, prétextant qu’il s’agissait d’un accident ou d’une erreur. A sa fidèle gouvernante, appelée sur les lieux, il a dit: «Oui, vous pouvez venir, rien ne vous arrivera à vous». Cette dernière réussira à lui faire lâcher l’arme.

 3  Quelle sanction?

Pour ces faits, auxquels s’ajoutent la possession plus ancienne et sans autorisation spéciale d’un pistolet-mitrailleur et l’acquisition sans permis, fin 2012, d’un Sig Sauer, le procureur général, qui ne retient aucune circonstance atténuante, requiert une peine de 30 mois avec sursis partiel durant 4 ans. Olivier Jornot demande surtout que cette peine soit suspendue au profit d’un traitement institutionnel en milieu ouvert.

Lire aussi: Ces stratégies qui risquent de compliquer l’affaire Warluzel à Genève

En d’autres termes, Dominique Warluzel, qui a passé près de 2 mois en détention provisoire, serait condamné à se soigner dans un établissement approprié. La levée de cette mesure n’étant envisagée que lorsque le trouble mental — qui explique son geste et qui pourrait le faire récidiver — est sous contrôle. Car l’expert psychiatre, qui lui a reconnu une responsabilité moyennement diminuée, a aussi estimé qu’il pouvait encore se montrer dangereux et a préconisé un encadrement thérapeutique.

 4  Quid des autres acteurs?

L’aide-soignante, une quadragénaire franco-marocaine, représentée par Me Yaël Hayat, sera présente à l’audience. La plaignante n’a pas accablé Dominique Warluzel. Elle a déclaré n’avoir jamais eu le sentiment d’être visée et avoir vu l’avocat bouger le bras pour tirer dans le cadre de la porte. Ce dernier a déjà versé 170 000 francs pour indemniser la victime et régler une partie seulement de ses frais. Le reste suivra.

L’autre volet de ce dossier, relatif à la remise de l’arme, a été disjoint. Le chauffeur de taxi, mis en prévention pour avoir transporté le revolver — sans le savoir selon ses dires — attend toujours l’ordonnance de classement qui devrait clore ses ennuis judiciaires. Quant aux deux ex-associés de Dominique Warluzel, entendus comme personnes appelées à donner des renseignements, ils n’ont finalement jamais été inquiétés pour avoir cédé à l’insistance du malade et laissé cette arme prendre le chemin de sa chambre d’hôtel.

 5  Quel suspense?

Sauf surprise, les débats devraient se limiter à quelques questions formelles. Les juges vont s’assurer que Dominique Warluzel, désormais défendu par Mes Charles Poncet et Christian Lüscher, reconnaît bien les faits décrits, accepte la mesure et sait que les possibilités d’appel sont très limitées.

Le tribunal peut refuser d’entériner la solution si l’accusation ne concorde pas avec les réponses du prévenu (voire de la plaignante) et avec le dossier, ou si la sanction ne lui paraît pas appropriée. L’affaire est alors renvoyée pour suivre une procédure ordinaire. De quoi laisser subsister un très léger suspense.


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