«Autodétermination»

Les affiches chocs ont changé de camp

Alors que l’UDC prend tout le monde de court avec des visuels sobres, ses opposants rivalisent d’images alarmistes contre l’initiative de l’UDC

«La Suisse résiste», peut-on lire en blanc sur un fond noir, tandis que les visages de Donald Trump, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan émergent de l’obscurité, sourcils froncés, l’air menaçant. Le PS a choisi cette représentation alarmiste pour appeler les citoyens à rejeter l’initiative «anti-droits humains» de l’UDC. Une façon de dire qu’en l’acceptant, nous irions rejoindre le club des dirigeants qui foulent au pied l’Etat de droit.

Le PDC n’est pas en reste. Il n’hésite pas à invoquer la mémoire du fondateur de la Croix-Rouge et à en appeler à la tradition humanitaire de la Suisse en flanquant l’image de l’illustre Genevois de cette question péremptoire: «Trahir Henri Dunant?». En effet, qui oserait se désolidariser du grand philanthrope?

Enfin, un comité de la société civile qui regroupe des associations comme Helvetas, Caritas ou Pro Senectute reproche à l’initiative d’attaquer les droits de l’homme à la scie sauteuse. Le même comité a aussi produit une vidéo dans laquelle des figures influentes de l’UDC (Roger Köppel, Magdalena Martullo-Blocher, Thomas Aeschi et Andreas Glarner) attendent sournoisement dans un cheval de Troie de lancer l’assaut contre les droits de l’homme.

«C’est le monde à l’envers»

La virulence des opposants, avec ces références à des autocrates décriés, a de quoi surprendre face à la sobriété de ton employée par l’UDC, qui a complètement renoncé aux moutons noirs et autres burkas illustrant habituellement ses slogans chocs. Le parti a en effet édulcoré ses affiches au point de faire disparaître son sigle. Il promeut une démocratie directe bienveillante, sous les traits de jeunes gens sympathiques qui brandissent le slogan consensuel «Oui à l’autodétermination».

«C’est le monde à l’envers», estime Marc Comina, conseiller en communication et ancien membre du PLR. Pour lui, l’UDC affiche sciemment une image apaisée pour contraster avec l’outrance visuelle de ses opposants.

Nous soulignons l’importance de ce qui est réellement en jeu: la protection des droits de l’homme de nos citoyens par la Cour européenne des droits de l’Homme.

Nicolas Haesler, porte-parole du PSS

L’UDC mène pourtant des campagnes avec des images chocs depuis une vingtaine d’années. De fil en aiguille, les autres partis ont suivi le mouvement pour répondre à une communication provocatrice. Il y a deux ans, l’affiche associant la croix suisse à une croix gammée, pour dénoncer l’initiative de mise en œuvre mise en œuvre sur le renvoi des criminels étrangers, avait d’ailleurs fait polémique. «Mais cette fois-ci, les autres partis ont une guerre de retard, constate Marc Comina. Ils ont choisi l’arme du populisme et de l’exagération pour ne pas être en reste avec l’UDC, mais celle-ci a pris ses adversaires au dépourvu en adoptant un ton doux et serein. Les opposants tombent dans le piège de la provocation gratuite. La Suisse qui «résiste» à Trump, Poutine et Erdogan comme le montre le PS sur ses affiches, c’est tellement émotionnel que cela en devient ridicule.»

Le porte-parole du PSS, Nicolas Haesler, rétorque que l’affiche n’est pas provocante, mais qu’elle met en évidence «ce que l’UDC camoufle: son initiative s’inscrit dans la tendance mondiale à reléguer les droits de l’homme au second plan. Nous soulignons l’importance de ce qui est réellement en jeu: la protection des droits de l’homme de nos citoyens par la Cour européenne des droits de l’Homme.» La Turquie et la Russie ne font-elles pourtant pas partie du Conseil de l’Europe et ne sont-elles donc pas soumises à la CEDH? L’une et l’autre ont résolument décidé de restreindre l’influence de la cour strasbourgeoise, répond Nicolas Haesler.

Marc Comina s’attend à ce que l’UDC fasse un bon score, sans pour autant se prononcer sur une victoire éventuelle. Quoi qu’il en soit, estime-t-il, sous l’angle de la communication, la campagne de l’UDC est déjà un succès: «Réussir à faire parler autant de soi avec une campagne aussi plate, uniquement parce qu’on a pris tout le monde à contrepied, c’est déjà un coup de maître.»

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