Le député socialiste valaisan Yves Ecoeur a déposé vendredi devant le Tribunal d'instruction du Valais central une plainte contre le président de la section valaisanne de l'UDC, Oskar Freysinger, pour des propos tenus lors d'un débat jeudi soir à Sion dans le cadre de la loi sur l'asile. En évoquant certains chefs d'Etat, ce dernier a parlé de «macaques africains».

Cette démarche devant la justice doit permettre d'examiner si ces propos ne tombent pas sous l'article 126 bis du Code pénal suisse sanctionnant la discrimination raciale. A deux reprises, le président de l'UDC a sciemment qualifié certains chefs d'Etat, sans préciser lesquels, de «macaques». «Même si M. Freysinger s'est emporté, il a répété ces mots, sans affirmer que sa parole a dépassé sa pensée», relève le député. Pour Yves Ecoeur, cette comparaison «simiesque», même dirigée contre des dictateurs, relève d'un racisme primaire qu'il qualifie de grave.

Le contexte de la soirée peut expliquer en partie ce type de dérapage verbal. Les débats organisés en Valais sous l'appellation «dispute» ou «querelle» sont généralement vifs. Jeudi soir, la salle du restaurant de La Matze à Sion était composée en grande majorité de gens de l'UDC. En associant «macaque» à «africain», le président de l'UDC a joué sur du velours, mettant la salle de son côté.

Selon Jean-Charles Kollros, l'organisateur et modérateur, l'ambiance s'apparentait à celle d'un «chaudron». Les propos furent particulièrement virulents contre les deux socialistes présents, les députés Yves Ecoeur et Gabriel Bender. Certaines personnes de l'assemblée exigeant que l'on fasse le procès de Staline.

Oskar Freysinger ne nie pas avoir parlé en ces termes, mais il estime que ses interventions concernaient uniquement les «dictateurs africains», qui ruinent leur peuple. Il a illustré son propos en parlant de gens comme Idi Amin Dada ou encore, sur un autre continent, Fidel Castro, faisant globalement partie des «macaques».

Vendredi soir, sur La Première, il a persévéré en «présentant ses excuses aux macaques pour les avoir comparés à des dictateurs». Au sujet de la plainte du socialiste, il observe qu'elle a été déposée «dans un but naturellement politique à la veille du scrutin du 24 novembre». Mais lui n'est pas raciste, à preuve: «Je joue deux fois par semaine au basket avec des Noirs».

Jean-Charles Kollros rappelle que Oskar Freysinger est un provocateur: «Ces remarques n'apportaient rien au débat et elles n'étaient pas très élégantes, mais il faut les comprendre dans le cadre du débat. Les socialistes se sont fait attaquer sur Staline, l'atmosphère était très chaude. Ce genre de «querelle» devrait être placé «out of record», sinon à l'avenir les gens craindront pour leur liberté d'expression.»

Ce constat mérite réflexion, car la prochaine «Querelle de La Matze» s'annonce sous le titre «L'Islam est-il soluble entre les collines de Valère et de Tourbillon?» D'aucuns ne manqueront pas de donner une réponse catégorique. Voire plus, si le président de l'UDC est à nouveau invité.