Pour ou contre le droit de vote à 16 ans? Débat émotionnel en vue, ce mercredi, au Grand Conseil fribourgeois. Les députés doivent en effet répondre à une motion populaire déposée par la Jeunesse socialiste (JS) demandant un abaissement de l'âge d'exercice des droits civiques aux niveaux communal et cantonal - l'âge d'éligibilité restant fixé à 18 ans. En août, le Conseil d'Etat, contre toute attente, s'était montré favorable au projet (LT du 14.08.2008). Le parlement suivra-t-il le gouvernement pour faire œuvre, selon les vœux de ce dernier, de pionnier en la matière? Rien n'est moins sûr.

Débat nourri

Le sujet exacerbe en effet les sensibilités. Les partisans du droit de vote à 16 ans étant suspectés de jeunisme par ses détracteurs, qui estiment qu'un individu de cet âge ne dispose pas d'une maturité suffisante pour se prononcer sur les tenants et les aboutissants de la chose publique.

Selon Pascal Corminboeuf, président du Conseil d'Etat, la proposition de la JS amènera les jeunes à s'intéresser davantage à la politique. La majorité sexuelle, souligne-t-il, comme la majorité religieuse, est fixée à 16 ans. Par ailleurs, les jeunes salariés paient des impôts dès qu'ils ont atteint cet âge. «En raison des bons moyens à leur disposition pour s'informer et de la qualité de leur formation, ils sont capables de discernement et politiquement matures», poursuit le ministre.

Qui insiste sur un dernier point: l'école fribourgeoise a introduit en dernière année du cycle d'orientation un cours d'éducation à la citoyenneté. Il semble dès lors peu judicieux que les jeunes, sensibilisés à la politique, doivent ensuite attendre deux ans pour exercer le droit de vote.

«Soit blanc, soit noir»

De quel degré de maturité dispose-t-on à 16 ans? La question sera à coup sûr au centre du débat parlementaire. Qu'en pensent les psys? Yves-Alexandre Thalmann, psychologue et professeur au collège Saint-Michel, à Fribourg, estime que cela varie selon les individus. «En revanche, je constate que la maturité globale, le positionnement dans la vie, ont considérablement évolué ces vingt dernières années. Certains de mes élèves sont déjà autonomes, ils n'habitent plus à la maison. Je ne vois pas pourquoi ils ne pourraient pas voter.»

Encore faut-il en avoir envie. Le psychologue est d'avis que seule une minorité ferait usage de ce droit. Erika Bandli, médecin-cheffe adjointe du Service cantonal de pédopsychiatrie, corrobore: «Je pense qu'à 16 ans, un jeune est capable d'exercer des droits démocratiques. En revanche, la majorité ne présente aucune motivation à le faire. En grande partie parce que les adultes auxquels ils sont confrontés ne parlent jamais de politique.»

L'Autriche est le premier pays européen à avoir introduit, en 2007, le droit de vote à 16 ans au niveau fédéral. Or, lors des récentes législatives, on a constaté que les jeunes électeurs ont surtout donné leur voix à l'extrême droite, qui a réussi une percée spectaculaire. Ce fait n'étonne pas Yves-Alexandre Thalmann: «Le manque de nuance est une caractéristique de la pensée adolescente. A cet âge, c'est soit blanc, soit noir. Mais cela peut aussi profiter à l'autre bord politique.»

En Suisse, si le débat a pris corps un peu partout, seul le canton de Glaris a franchi le pas pour l'instant. Mais son exemple ne fait guère recette. A l'instar des Chambres fédérales, les parlements cantonaux enterrent souvent les propositions allant dans ce sens. Ainsi, les députés genevois viennent de rejeter une motion du PDC Guy Mettan: «C'est dommage. La société oblige les jeunes à choisir une profession à 16 ans. C'est le choix le plus important de leur vie. En même temps, on leur refuse de se prononcer sur le plan politique. J'y vois le signe d'une société vieillissante où les anciennes générations s'accrochent au pouvoir.»

«J'attendrai deux ans»

Une jeune UDC vaudoise de 16 ans a fait parler d'elle au dernier congrès national de son parti. Elle s'y est dite défavorable au droit de vote à cet âge. «Je me passionne pour la politique depuis longtemps, mais je fais partie d'une minorité. Il y aurait trop d'absentéisme. Et les jeunes qui voteraient le feraient sans comprendre ce qu'ils font. Je préfère attendre deux ans pour le bien du pays», affirme-t-elle.

A Fribourg, le chemin qui mène au droit de vote à 16 ans est quoi qu'il en soit encore long. Si le Grand Conseil accepte la motion, le projet retournera devant le Conseil d'Etat, puis au parlement, avant que le peuple ne se prononce in fine, l'abaissement de l'âge de vote impliquant une modification de la Constitution. Il en résulterait une augmentation de 3,5% du corps électoral fribourgeois, soit 6300 votants.