Le profil du successeur de Pascal Couchepin attise tous les fantasmes. «Le bavardage infini autour de son identité idéale brasse les passeports plutôt que la substance politique des candidats», fulmine le Genevois Antonio Hodgers, conseiller national vert. Après la langue, voire l’origine – un Romand de la Singine fribourgeoise, où l’on parle suisse- allemand, vaut-il un Romand genevois, vaudois ou neuchâtelois? que dire d’un Tessinois au nom d’une racine latine très improbable? – voici l’âge. A tort ou à raison. Le sexe, quant à lui, semble avoir perdu sa charge polémique, sinon révolutionnaire.

C’est Fulvio Pelli qui a allumé la mèche. Le président du Parti libéral-radical suisse qui refuse, pour l’heure, de rentrer en lice, a évoqué également ses 58 ans. «Je suis trop vieux pour le Conseil fédéral», a-t-il confessé au quotidien luganais Il Corriere del Ticino, le 13 juin dernier. «C’est quelqu’un de 45 ans qui incarne l’avenir du pays, pas moi.»

Du coup, l’éventualité d’une candidature de Pierre Maudet, 31 ans, a nourri le débat pendant quelques jours. Son désistement, annoncé le 25 juin, ne désamorce cependant pas la question. Que le conseiller administratif radical de la ville de Genève a balayée, à son propos, en ces termes: «J’estime qu’il est stupide de se focaliser sur l’âge, et dans les deux sens: autant quand on exclut un candidat intéressant de 60 ans que lorsque l’on se prive des talents de la génération née dans les années 1970 en estimant qu’elle n’a pas de valeur ajoutée intéressante à apporter au Conseil fédéral.» (LT du 26.06.09)

Moyenne d’âge de 60 ans

Pourtant, il se dit volontiers, à découvert ou dans l’intimité, que le Conseil fédéral a vieilli. Trop. Tout autant que la population. Son renouvellement dépend presque exclusivement de la volonté des magistrats qui décident en toute autonomie de leur départ. Mais il est aussi plombé par une «mentalité de Vatican, où le parlement prend le plus vieux pour qu’il reste le moins longtemps», synthétise Antonio Hodgers, 33 ans, qui siège au Conseil national depuis 2007.

Les sept Sages affichent une moyenne d’âge qui frôle les 60 ans. Doris Leuthard est la benjamine du collège avec 46 ans. Par contre, les trentenaires sont absents. A vrai dire, ils ont rarement été représentés dans le Saint des Saints. D’aucuns se souviennent de Numa Droz. Le Neuchâtelois avait été sacré à 32 ans en 1876. D’autres rappellent le court règne de la PDC appenzelloise Ruth Metzler, élue à 35 ans. Toutefois, un certain Christoph Blocher, 63 printemps à l’époque, avait mis fin à son séjour sous la coupole fédérale quatre ans plus tard.

François Couchepin, ancien chancelier de la Confédération de 1991 à 1999, tempère ces propos: «le besoin de renouveau est clair, mais ceux qui sont en place ne sont pas périmés». Finalement, juge-t-il, «ce n’est pas une catastrophe» si pendant quelque temps le Conseil fédéral flirte plutôt avec la soixantaine que la quarantaine. Ce qui compte, complète Olivier Feller, député au Grand Conseil vaudois, c’est que sur le long terme la population soit représentée, au moins au niveau des âges. Car le gouvernement n’est pas une photographie fidèle des couches qui composent la société. Peut-il l’être et doit-il l’être d’ailleurs?

Critère discriminatoire

Or, de manière générale, l’âge pousse la politique à s’interroger. Faut-il élargir le droit de vote aux jeunes de 16 ans? A l’autre bout de la pyramide, faut-il interdire de fonction les femmes et les hommes qui ont atteint un certain seuil d’ancienneté? Et encore, à quel âge devient-on un bon magistrat dans un exécutif? Si la jeunesse, aux yeux de l’opinion publique, reste un gage «d’audace, de fraîcheur, de différence» sur les bancs des parlements, il n’en va pas de même pour les gouvernements, croit le député de 35 ans, élu pour la première fois au Grand Conseil à 24 ans.

Tous nos interlocuteurs tendent pourtant à minimiser l’importance de la date de naissance. Philippe Nantermod, libéral-radical valaisan de 25 ans, taxe ce critère de «malheureux». Olivier Feller va jusqu’à dire que dans toute élection il serait bon «d’éviter de se fonder sur des facteurs d’ordre personnel: l’âge, le sexe ou l’origine sociale». Des critères qui finissent par discriminer les candidats aux dépens de leurs réelles qualités.

Et quelles sont ces qualités? «L’action politique et ses résultats», répond Olivier Feller, un rien méritocrate. «Les compétences», déclare sans surprise Philippe Nantermod. François Couchepin mentionne en sus la formation. D’autres indiquent un savant mélange de fortes convictions, d’expérience de vie et de capacité à travailler en équipe. Antonio Hodgers cite la faculté à trouver des majorités. Qui se construit, précise-t-il, en dehors des frontières cantonales. Bref, il s’agit de créer des réseaux d’appuis, de connaissances, de relais au niveau fédéral. Cela demande du temps et de la pratique, explique le Vert. Des aptitudes, en revanche, qui ne dépendent pas que de l’âge, conclut-il.