L’accélération de la transformation du réseau postal ne cesse de provoquer des remous. Mardi, Syndicom s’est inquiété de l’annonce de la fermeture de quatorze bureaux dans le canton de Neuchâtel, une décision qui s’inscrit dans une longue série de remplacements des offices traditionnels par des agences ou des services à domicile. Selon le syndicat, 42 emplois seraient menacés dans ce canton.

Longtemps discrète sur ses intentions, La Poste annonce désormais la couleur: elle compte proposer 4000 points d’accès en 2020, soit 300 de plus qu’en 2016, mais seuls 800 à 900 resteront des offices classiques. En contrepartie, le nombre d’agences postales doit passer de 800 à environ 1300 et les habitants de près de 1300 localités seront desservis par un service à domicile. L’entreprise a par ailleurs fait savoir dès la fin de l’an dernier que 1200 collaborateurs pourraient être concernés par ce changement en Suisse.

La réorganisation du réseau s’est invitée mardi au Conseil national, qui a transmis trois motions de sa Commission des télécommunications. Aucune ne propose de faire barrage à la diminution du nombre des points de vente administrés exclusivement par La Poste. Cette évolution est en majorité jugée inéluctable en raison des changements d’habitudes de la clientèle. «Quand êtes-vous allés pour la dernière fois dans un bureau de poste?» demande Doris Leuthard aux élus fédéraux. Elle souligne la nécessité d’adapter le réseau, mais reconnaît aussi que «La Poste n’a pas toujours communiqué de manière très heureuse ni pris contact avec les autorités locales suffisamment tôt».

Attendre la révision de la loi

Le souci des parlementaires est triple. Premièrement, les agences doivent offrir les mêmes prestations que les offices à l’enseigne jaune. En clair, elles doivent être équipées de manière à pouvoir offrir les services de paiement et prendre en charge les envois en nombre et les colis encombrants. «C’est la faiblesse des agences: elles n’offrent pas ces services aujourd’hui», déplore Jacques-André Maire (PS/NE), qui s’inquiète des «pertes ou transformations d’emplois provoquées par la fermeture d’offices». La principale conséquence serait l’installation d’un dispositif permettant d’effectuer les opérations de paiement dans les agences en toute sécurité. Le coût de ces mesures n’a toutefois jamais été chiffré, indique Nathalie Dérobert Fellay, porte-parole de La Poste.

Le réseau doit être organisé sur le plan régional de façon que le temps de parcours jusqu’aux points d’accès n’excède pas 20 minutes pour 90% de la population, y compris pour les opérations de paiement, pour lesquelles la limite est aujourd’hui fixée à 30 minutes. Doris Leuthard a vainement combattu cette motion en rappelant que, dès septembre, le paiement à domicile sera possible pour les montants inférieurs à 500 francs. La motion a finalement été acceptée par 172 voix contre 13. Syndicom réagit positivement: «La Poste est appelée à renoncer à imposer des faits accomplis et à fermer des centaines de postes dans tout le pays» jusqu’à ce que la loi ait été révisée, commente le syndicat.

Deuxièmement, la concurrence doit avoir accès aux batteries de cases postales et de boîtes aux lettres et dédommager La Poste pour cela. C’est notamment justifié par le développement du commerce électronique, insiste Doris Leuthard. Cette extension de la concurrence n’est pas du goût de la gauche. Mathias Reynard (PS/VS) y voit un «soutien déguisé aux démarches de privatisation en cours dans le secteur de La Poste». Manfred Bühler (UDC/BE) juge au contraire «souhaitable» cette «pincée supplémentaire de concurrence». La motion passe la rampe par 109 voix contre 78. Enfin, la dernière motion, adoptée à l’unanimité, veut préciser dans la loi le rôle de surveillance de l’Office fédéral de la communication (Ofcom).