S'il faut caricaturer, alors Marcel Blanc, agriculteur de profession et ancien conseiller d'Etat UDC de 1978 à 1991, est l'archétype de l'élu agrarien, anciennement PAI (Parti des paysans, artisans et indépendants), qui ne se reconnaît désormais plus dans l'UDC actuelle. Mardi soir, à Poliez-le-Grand, il a perdu. Aujourd'hui, il se pose de nombreuses questions sur la formation politique qu'il a présidée dix ans durant, dans les années 70.

Le Temps: Juste après le vote de l'exclusion du parti de la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf et de la section grisonne, vous avez déclaré à nos confrères de «24 heures» que le style de l'UDC vous était devenu «presque insupportable». C'est toujours le cas ou la nuit a porté conseil?

Marcel Blanc: Cela n'a pas changé. Et, si je devais être conséquent, je devrais démissionner. Mais je ne vais pas le faire. Sur de très nombreux points, je reste parfaitement dans la ligne du parti, comme par exemple la prochaine votation fédérale sur les naturalisations. Et puis je suis trop vieux (73 ans, ndlr) pour démissionner. Cela n'aurait aucun effet. Disons que je peux vivre avec.

- Alors, qu'est-ce qui vous est insupportable dans l'UDC vaudoise d'aujourd'hui?

- L'intolérance, notamment celle qui s'est manifestée lors de l'assemblée de mardi soir. Ceux qui étaient pour l'exclusion de la conseillère fédérale et de la section grisonne faisaient trois fois plus de bruit. J'ai présidé ce parti durant une dizaine d'années et j'avoue que cela me touche, cela me prend aux tripes. Mais il est vrai aussi qu'après l'assemblée je suis rentré avec le sentiment d'être rassuré, car je m'attendais à quelque chose d'encore plus violent. Je suis en fait un peu déboussolé; quand j'ai pénétré dans la salle de Poliez-le-Grand, mardi soir avant l'assemblée, je me suis aperçu que je ne connaissais plus grand monde.

- Certains, à Berne, évoquent une scission et la création d'un nouveau parti face à la «blochérisation» de l'UDC. Un scénario possible en terre vaudoise?

- A mon avis, il n'y aura pas de scission. Il n'y a plus de place pour une nouvelle porte politique au centre droit vaudois. Il faut avoir les pieds sur terre. Mardi soir, nous avons perdu, c'est vrai. Mais de peu. Et les cinq conseillers nationaux UDC ont tous plaidé contre l'exclusion de la section grisonne, tout comme le conseiller d'Etat Jean-Claude Mermoud. Cela montre à mon avis que le courant agrarien reste malgré tout un courant fort dans l'UDC vaudoise. Je ne suis pas prophète mais je pense que ce courant aura encore du poids à l'avenir et un certain rôle à jouer dans le style qu'adopte le parti. Sur le fond, je le répète, nous somme d'accord sur de très nombreux points.